Sagaert Claudine

De la laideur au suicide

 




 Résumé

Avec l’inflation de la prise en compte de l’apparence dans les sociétés contemporaines industrialisées, l’individu étiqueté comme laid est bien souvent dévalorisé, rejeté, mis à l’écart. Fragilisé par le regard de l’autre, il a honte d’être ce qu’il donne à voir de lui-même à tel point qu’il en vient bien souvent à générer les fruits d’une haine de soi et à devenir alors à ses yeux, objet de répugnance et de dégoût. Dans l’impossibilité d’être autre que ce qu’il est, il ne trouve pour seule issue que d’attenter à sa vie.

Mots-clés : suicide, laideur, honte, haine, regard.

 Summary

Owing to the increasing of the importance of appearance in the contemporary industrialized societies, any individual labeled as ugly is most of the time belittled, rejected or ostracized. Weaken by other people’s opinion, he is ashamed of what he is given to see of himself to such an extend that he often comes to generate some hate towards himself and then becomes in his own eyes a loathing and disgusting object. As he is completely unable to be different of what he is, he cannot find any other solution than to attempt suicide.

Keywords : suicide, ugliness, shame, hate, opinion.

 Introduction

« Un soir, (…) il tomba sur Annick. Il ne l’avait pas revue depuis leur brève rencontre de l’été 1974. Elle avait encore enlaidi, elle était maintenant presque obèse. Ses lunettes carrées à monture noire, à verres épais rapetissaient encore ses yeux bruns, faisaient ressortir la blancheur maladive de sa peau. Ils prirent un café ensemble, il y eut un moment de gêne assez net. (…). En partant, elle lui laissa son numéro de téléphone. Il retourna la voir plusieurs fois au cours des semaines suivantes. Trop humiliée par son physique, elle refusait de se déshabiller ; mais le premier soir elle proposa à Benoît de lui faire une pipe. Elle ne parla pas de son physique, son argument était qu’elle ne prenait pas la pilule. (…) Elle ne sortait jamais, elle restait tous les soirs chez elle. Elle se préparait des infusions, essayait de faire un régime ; mais rien n’y faisait. (…) C’est vrai qu’elle n’était franchement pas jolie, et qu’il aurait difficilement envisagé de se trouver avec elle dans la rue, au restaurant, dans la file d’attente d’un cinéma. (…) . Le soir de la mort d’Annick, (…) devant l’immeuble [où elle vivait] il y avait un petit attroupement, contenu par deux policiers. Il s’approcha. Le corps de la jeune fille était écrasé sur le sol, bizarrement distordu. (…). “ Elle a sauté du septième étage. Tuée sur le coup … ” dit une femme près de lui avec une bizarre satisfaction.  » [1]

Cet extrait du roman Les particules élémentaires de l’écrivain Michel Houellebecq traduit le mal-être d’une jeune femme. Sa laideur ne semble pas étrangère à la pauvreté de ses rapports à autrui, à sa solitude, à sa souffrance qui vont la conduire à la défenestration. Si une multiplicité de textes littéraires, sociologiques, psychologiques et philosophiques aborde la question du suicide, si parmi eux un certain nombre en détermine les causes ou motifs, rares sont pourtant ceux qui tiennent compte de l’importance de l’apparence esthétique du sujet comme facteur originel susceptible de conduire au suicide. Or, si on considère qu’à notre époque nous assistons à une inflation de la prise en compte de l’apparence corporelle, que le rapport au corps demande à tout individu un travail sur soi de plus en plus contraignant et aliénant, et qu’il impose l’impératif suivant : « Sois beau ou, du moins, épargne-nous ta laideur  » [2], comment ne pas reconnaître que la laideur représente une catégorie fondamentale donnant sens à l’existence ?

La laideur en cela, est non seulement une qualité qui concourt au même titre que les autres à l’identité du sujet, mais dans la mesure où elle majore ou minore toutes les autres, elle est la qualité des qualités, une méta-qualité en quelque sorte. En tant que marqueur d’identité, la laideur joue un rôle essentiel dans les relations intersubjectives de sorte qu’il n’est plus possible d’être, en faisant abstraction d’elle. Par conséquent, si comme le disait Sartre dans Huis clos, « l’enfer c’est les autres », ce n’est pas uniquement parce que l’autre juge mes actes mais bien plutôt parce qu’il juge mon apparence et m’évalue à partir d’elle. C’est donc dire que la laideur n’est jamais anodine sinon il serait impossible de comprendre pourquoi pour certains « la gêne d’une laideur est tout à coup plus lourde à mettre socialement en scène que l’angoisse de mourir » [3]. Si l’individu identifié comme laid est soumis à la honte d’être ce qu’il donne à voir de lui-même, et que cette honte le conduit à générer bien souvent les fruits d’une haine de soi, ne serait-ce pas alors pour s’en libérer que l’individu en vient à attenter à sa propre vie ? Un attentat avec préméditation au sens fort du terme, dans la mesure où cet acte est pensé, réfléchi, ruminé même, ou pour le dire autrement un crime contre soi traduisant l’impuissance à se différencier de la signature identitaire de cette vilaine apparence que, par-delà le regard de l’autre, il reconnait comme sienne. Serait-ce dire alors que le suicide pour « délit de hideur » [4] se structure de l’injure esthétique à la honte, de la honte à la haine de soi, de la haine de soi à « l’assassinat fatal » [5] ou effacement définitif de soi ? Dans cette perspective, n’est-il pas possible de défendre qu’il y a entre la laideur et le suicide une possible filiation ?

 Le meurtre du corps

Même si aux yeux de certains observateurs, « la laideur est un faux problème  » [6], il faut pourtant reconnaitre que le sentiment d’être laid entraine bien souvent la mésestime de soi, l’auto-répulsion, la dévalorisation et que parfois le degré de souffrance est tel que sa libération ne trouve pour seule issue que la mort. Un certain nombre de témoignages le confirme : « j’ai été laid toute ma vie  » [7], « je me grafignais, je me mutilais tellement je me trouvais laide » [8], « j’ai voulu me tuer parce que je suis tellement moche !  » [9]. « Porte ouverte pour une solitude sans grâce  » [10], « quand le dégoût de soi envahit un sujet, le suicide n’est pas loin  » [11]. Des traits jugés disgracieux, une malformation ou une simple marque au visage, un vieillissement prématuré, ou même un accident portant atteinte à l’harmonie du corps sont autant de facteurs susceptibles d’ouvrir une fracture au sein de l’identité du sujet. Dans cette perspective comment ne pas considérer que « la phénoménologie du suicide est (…) un acte non contre l’existence, l’esprit, la pensée, mais contre un corps que l’on ne veut plus, que l’on déteste  » [12] et qu’en cela « le suicidant est en froid, en révolte contre son corps  » [13], un corps « rejeté, haï, agressé  » [14]. Certaines études l’attestent. On peut citer à ce propos cet « élève interne de l’Hôtel-Dieu de Paris, attaché au service du professeur Dupuytren, [qui] s’ouvrit l’artère crurale, par désespoir de sa laideur  » [15]. Tout comme ce jeune homme « de vingt-deux ans [qui] s’est empoisonné avec une dissolution de pierre infernale, après avoir écrit à son père et à sa mère qu’il leur léguait sa dépouille mortelle, regrettant qu’ils eussent laissé grandir et se développer une créature d’une conformation aussi désagréable que celle de leur fils  » [16]. D’autres textes mettent au premier plan l’importance jouée par l’apparence du sujet dans les suicides ou ses tentatives. « On ne manque pas d’exemples de femmes, écrit Jean-Pierre Fahret, qui, ne pouvant contempler sans effroi les ravages faits à leur beauté par les progrès de l’âge (…), ont préféré se donner la mort plutôt que de reparaître sans éclat dans le monde, et sans y fixer l’attention publique  » [17]. Il ajoute, « j’ai vu tout récemment une femme (…) qui arrivée à l’âge critique a été affectée d’un cancer au nez. Dès l’invasion de cette maladie, son caractère a changé, la gaité a fait place à une tristesse habituelle. Dans l’espace de six mois la mélancolie a été telle, que cette personne a cherché à s’asphyxier. Secourue à temps, elle a avoué que son acte de désespoir n’avait pas été provoqué par les douleurs du cancer, puisqu’elles étaient à peine sensibles, mais bien par la crainte d’être un objet de dégoût pour un mari qu’elle chérissait  » [18]. Force est de reconnaitre que si dans de nombreux domaines tels que l’emploi, l’école, la justice, la prise en compte de l’apparence n’est pas contestée, il n’en va pas de même des conséquences qu’elle est susceptible d’entrainer.

 Le regard de l’autre : du malaise au suicide

Bien que renvoyant en fonction de l’époque à des spécificités propres selon la culture de référence, le sexe et l’âge du sujet, identifiée comme telle, la laideur native ou acquise est une pénalité ontologique qui contamine toutes les facettes de la vie. Rendant plus difficile la mise en valeur de toutes les autres qualités du sujet, elle gangrène de part en part son existence. Toutefois, si hors du regard de l’autre, l’individu n’est ni beau ni laid, ce n’est donc pas de son propre chef qu’il ne supporte plus son apparence mais bien plutôt parce que dans la perception qu’il a de lui-même est impliquée celle de tous ceux qui sont susceptibles de le regarder de manière dévalorisante et ainsi et de ne pas l’accepter, de ne pas le considérer, de ne pas l’évaluer comme il serait à même de l’être. Pour le sujet disgracié, toute rencontre est alors une épreuve engendrant « un doute sur la manière dont il sera accueilli en tant que tel et respecté par l´autre dans sa dignité  » [19].

Une référence à l’étude de Sophie Delaporte [20] à propos des gueules-cassées lors de la Première Guerre mondiale, tend à confirmer notre propos. Si certains soldats, bien que défigurés, ont été considérés comme des héros, qu’ils ont été aimés, d’autres par contre ont dû faire face à leurs proches qui ne supportaient pas leur vilaine apparence. On peut citer à ce propos le drame vécu par un jeune père du nom de Lazé, qui lors d’une permission retrouve son fils : « Gérard, mon fils (…). Un cri perçant ! Gérard agite ses bras, ses jambes. Son père, déconcerté, le pose à terre. Et Gérard s’enfuit, plus vite encore qu’il n’est venu, en criant d’une voix terrifiée : ’ Pas papa ! Pas papa ! Lazé est atterré, anéanti comme figé sur place. Tout à coup, il saisit sa tête dans ses mains : Imbécile, imbécile ! Mais aussi est-ce que je pouvais savoir que je suis si horrible ! (…) Avoir été un homme, avoir mis toutes ses forces à réaliser en plein ce que ce mot veut dire et n’être plus que ça. Un objet de terreur pour son propre enfant, une charge quotidienne pour sa femme, une honte pour l’humanité. Laissez-moi mourir  » [21]. « Lazé se suicide dès son retour à l’hôpital  » [22].

Cet exemple permet de comprendre que le regard de l’autre est déterminant dans la mesure où il donne à la laideur ce statut de méta-qualité. Comme le dit le personnage principal du roman de Pascal Quignard, « les hommes désespérés vivent accrochés dans l’espace à la manière des figures qui sont peintes sur les murs, ne respirant pas, sans parler, n’écoutant personne  » [23]. Laid, l’homme n’a pour seul désir que celui de devenir invisible. Car, plus la laideur est visible, plus l’individu « suscite socialement une attention indiscrète allant de l´horreur à l´étonnement et plus la mise à l´écart est nette dans les relations sociales. (…) Le malaise qu´il engendre tient également à ce manque de clarté qui entoure sa définition sociale. Il n´est ni malade, ni en bonne santé, ni mort, ni pleinement vivant, ni en dehors de la société, ni à l´intérieur, etc.  » [24]. Il a, comme le dit David Le Breton, un statut intermédiaire. Même si certains refusent parfois, et à juste titre, de juger l’être sur son paraître, paradoxalement nous ne cessons de le faire consciemment ou inconsciemment, projetant au reste systématiquement, sur un beau visage, des qualités positives. Inversement un visage laid nous indispose, car sa vue nous est d’autant plus insupportable que l’autre nous renvoie à nous-mêmes. Face au visage laid, abîmé, défiguré « je suis, dit Pierre Ancet, dessaisi de mon pouvoir d’appréhension spontané de l’autre. Ce manque retentit sur ma propre capacité à me repérer dans son corps et dans mon corps. L’altération qui touche l’autre me fait éprouver ses limitations à travers ma propre puissance d’agir  » [25] .

En regardant l’autre, je ne me retrouve pas moi-même et de là nait la gêne, la peur et d’une certaine manière le dessaisissement de soi. « Ces considérations rejoignent la psychologie du développement concernant la genèse de l’image de soi. Chronologiquement, le visage de l’enfant est d’abord celui de sa mère ; l’image de soi est d’abord celle des autres. Ce n’est que plus tard que l’individu peut prendre sa revanche et comparer les autres à soi-même. Mais il reste toujours quelque chose de cette possibilité première  » [26]. « Cette capacité de se repérer dans le corps des autres appartient au fondement même du sentiment d’être dans son propre corps. Sans le corps des autres, le corps individuel disparaît  » [27]. De même que je peux m’orienter dans mon corps, « sentir mes bras, mes jambes, mes mains, ma tête et mon torse sur le mode du savoir absolu (de l’évidence des rapports entre les parties) de même je peux m’orienter dans le corps d’autrui et avoir l’impression de sentir ce qui s’y passe. Mais je ne sens jamais son corps que dans le mien. L’intropathie est plus une illusion qu’une réalité. (…) Si j’éprouve quelque chose à la vue d’un corps, ce n’est pas par compassion pour l’autre, ni par réelle empathie (entendue comme le fait de se mettre en lieu et place de l’autre). C’est parce que je souffre à travers la limitation qu’impose ce corps à mes propres velléités d’action. Mes sensations intéroceptives n’ont pas varié, mais le champ des possibles semble s’être brutalement restreint  » [28]. En tenir compte c’est reconnaître qu’à la vue d’une personne laide personne ne pense « comme j’ai de la chance  » [29], ou « ne se sent revigoré  » [30]. Au contraire, si la laideur dérange, qu’on détourne le regard, abrège une conversation, c’est parce qu’il faut « retourner voir des corps jeunes ou en bonne santé, pour retrouver confiance en son propre corps  » [31]. La laideur de l’autre nous ramène « aux racines de la présence d’autrui. La négation de sa proximité est la négation de cette propriété fondamentale de l’autre d’être en continuité avec moi-même  » [32].

Que l’individu soit défiguré ou doté d’une simple disgrâce importe peu dans la mesure où ce n’est pas l’importance de l’enlaidissement du sujet qui est la cause de la souffrance mais bien le regard qui est porté sur lui. Dans le roman de Mauriac intitulé Le Sagouin, la mère du personnage éponyme est exaspérée par l’apparence de son fils, apparence qui lui rappelle celle de son mari pour lequel elle n’a que répulsion. « Ce que Paule voyait quand elle pensait à son fils, c’étaient des genoux cagneux, des cuisses étiques, des chaussettes rabattues sur les souliers. A ce petit être sorti d’elle, la mère ne tenait aucun compte de ses larges yeux, couleur de mûres, mais en revanche elle haïssait cette bouche d’enfant qui respire mal, cette lèvre inférieure un peu pendante, beaucoup moins que ne l’était celle de son père, -mais il suffisait à Paule qu’elle lui rappelât une bouche détestée  » [33]. La laideur de l’enfant, est celle que sa mère perçoit. De ce regard, l’enfant ne pourra jamais se défaire. Né laid dans le regard de sa génitrice, il deviendra laid à ses propres yeux, et rien jamais ne fera taire « cette voix terrible de sa mère, rien n’éteindra ces yeux méchants rivés sur lui qui le rendent conscient à la fois de sa maigreur, de ses genoux sales, de ses chaussettes retombées  » [34]. Comment accepter que sa mère, sa grand-mère, et sa gouvernante le trouvent « vilain, sale et bête : un sagouin  »  [35] ? Et si son père comprend le mal qui dévore son enfant c’est que lui-même en est victime depuis plusieurs décennies. Raison pour laquelle quand il prend conscience que son fils veut mettre fin à ses jours, non seulement il ne s’y oppose pas, mais il l’accompagne jusque dans la mort. « Galéas dévorait des yeux ce petit être trottinant, cette musaraigne blessée, échappée d’un piège et qui saignait ; son fils pareil à lui avec toute cette vie à vivre et qui pourtant souffrait déjà depuis des années. Mais la torture commençait à peine. Les bourreaux se renouvelleraient : ceux de l’enfance ne sont pas ceux de l’adolescence. Et il y en aurait d’autres encore pour l’âge mur. Saurait-il s’engourdir, s’abrutir ? Aurait-il à se défendre à tous les instants de sa vie, contre la femme, contre cette femme toujours là, contre cette figure de gorgone salie de bile ! La haine l’étouffait mais moins forte que la honte parce que c’était lui, le bourreau de cette femme. (…) Voici qu’ils sont près d’atteindre les humides bords du royaume où la mère ou l’épouse ne les harcèlera plus. Ils vont être délivrés de la gorgone, ils vont dormir  » [36]. Certes, « une mère qui a honte de son fils et de son petit-fils cela ne devrait pas exister  » [37]. Et pourtant, de nombreuses analyses révèlent que parfois des propos relatifs à la laideur d’un membre de la famille peuvent avoir des conséquences irréversibles. « Le mépris, l’humiliation font du mal à tout le monde », même si parfois ils peuvent susciter « la volonté de se battre  » bien souvent ils mettent « d’autres K.O. par terre. On le voit dans les relations entre parents et enfants. Une mère qui dit à sa fille “Regarde comme tu es habillée, on dirait un sac de pomme de terre !” provoque des réactions différentes selon les adolescentes. Les unes en sont profondément affectées, n’osent plus sortir de chez elle, pleurent toutes les larmes de leur corps et vont peut-être flirter avec l’idée du suicide en se disant : « je suis moche, je suis nulle et jamais personne ne m’aimera  » (…). Si un jeune ne s’est pas senti dans son enfance considéré comme précieux pour son entourage, il a peu de chance d’avoir un regard sur lui-même qui lui permette de réagir positivement. Il faut avoir suffisamment reçu d’attention pour ne pas être démoli par une parole blessante  » [38].

La perte de confiance en soi, la mésestime de soi, le dégoût peuvent tuer [39]. Pourtant, seul le dépassement de l’apparence pourrait apaiser les rapports intersubjectifs si seulement les individus vivaient la laideur comme une petite chose sans importance. Mais cette dimension-là impliquerait un don d’amour dont peu de personnes sont capables. C’est ce qu’illustrent aussi les parents qui culpabilisent d’avoir donné naissance à un enfant laid. Ils éprouvent de la répulsion quand ils le regardent. Cette dimension a d’ailleurs été développée dans l’ouvrage de Michel Serres À visage différent. L’auteur relate l’insupportable déception des parents qui découvrent à la naissance de leur enfant que son visage est marqué d’une fente labio-palatine. Le philosophe explique que « dans le lien de ressemblance, les parents considèrent le nouveau-né comme un double d’eux-mêmes, une sorte de prolongement. (…) L’amour narcissique est le nœud indestructible et inaltérable qui arrime un père, une mère et son enfant, c’est “ la peau commune” dans laquelle ils sont cousus ensemble. (…) Une malformation, et c’est l’écart qui apparaît entre l’enfant rêvé et l’enfant réel. (…) Les liens d’identifications sont rompus (…). Devant ce drame surgit une douleur intense, (…) [certains parents avouent]  : « On a voulu mourir et que notre fille meure avec nous  »(…)  » [40]. En conséquence, on peut dire que si la laideur de l’autre fait problème c’est qu’elle rapproche l’autre de nous-mêmes, d’un nous-mêmes que nous refusons d’être. En cela la perception de l’autre comme différent ouvre un abîme entre lui et nous.

 De l’exclusion au suicide

Si le regard de l’autre peut conduire au rejet, à la solitude, à l’absence de rapport affectif, paradoxalement on refuse d’en tenir compte. Ce qui se confirme dans le fait qu’« on demande à l’individu stigmatisé de nier le poids de son fardeau et de ne jamais laisser croire qu´à le porter, il ait pu devenir différent de nous ; en même temps, on exige qu´il se tienne à une distance telle que nous puissions entretenir sans peine l’image que nous nous faisons de lui. En d´autres termes, on lui conseille de s´accepter et de nous accepter, en remerciements naturels d´une tolérance première que nous ne lui avons jamais tout à fait accordée. Ainsi, une acceptation fantôme est à la base d´une normalité fantôme  » [41]. Et si, « le discours social lui affirme qu´il est un homme normal, membre à part entière de la communauté, que sa dignité et sa valeur personnelles ne sont en rien entamées par sa conformation physique ou ses dispositions sensorielles, en même temps, (…) il est objectivement marginalisé (…)  » [42].

Dans cette perspective, si toute différence physique est inacceptable pour un individu, c’est avant tout parce qu’elle est inacceptable pour les autres. Ajoutons que dans ce rapport à l’autre se glisse aussi, non seulement un rapport de pouvoir mais une considération dépréciative. Or, si parfois la laideur de l’autre peut nous déplaire, elle ne justifie en rien le fait que nous jugions à partir d’elle négativement ses autres qualités. Et pourtant, bien souvent consciemment ou inconsciemment nous projetons d’autres types d’infériorisation. Par exemple si « aucune de ses compétences à travailler, à aimer, à éduquer, à vivre, n´est empêchée (…) pourtant, (…) [l’individu] est mis à l´écart par une subtile ligne de démarcation d´où naît une violence symbolique d´autant plus virulente qu´elle est souvent ignorante d´elle-même  » [43]. Là encore, force est de reconnaître que la laideur de l’autre est l’outil premier de sa non-reconnaissance, de sa dévalorisation, de sa mise à l’écart, et que ce sont ces facteurs qui peuvent parfois conduire au suicide. « Qui fera un jour la statistique des suicides par laideur ? » [44] demande Claude Olievenstein. Quant à Michel Del Castillo, dans son roman, La guitare [45], il met en scène le visage monstrueux et pitoyable de ce « nain, d’une laideur absolue  », qui cherche à rejoindre les autres par l’entremise de sa seule passion, la musique. Si le chant de sa guitare n’est pas entendu pour sa beauté, c’est parce que certains pensent que « d’un corps aussi laid et d’une âme aussi vile, rien ne peut sortir de bon. D’où peut-elle donc venir, cette musique ? (…) Du diable !… (…) l’arbre mauvais ne peut donner que de mauvais fruits  » [46].

A l’acmé du désespoir, et pour que cesse haine et injure, le personnage décide de se suicider. On comprend alors que la laideur physique du musicien, bossu, borgne, au nez aplati et marqué d’une grande cicatrice rouge est associée au mal  [47]. Dans une approche similaire, Sylvie Germain illustre ce cas de figure dans sa nouvelle intitulée L’Hôtel des trois roses [48], au travers de la tragique histoire de son héroïne, Daphné Desormeaux, une impeccable et inflexible attachée de presse qui suite à une maladie de peau a été surprise en flagrant délit d’imperfections. Progressivement, son mal a progressé, les dartres plus nombreuses ont dégénéré en eczéma, des plaques blanchâtres pareilles à du plâtre en train de s’écailler ont couvert sa peau. Inspirant le dégoût, Daphné la galeuse est devenue la lépreuse. Son propre corps, en proie à une métamorphose sauvage, ou plus exactement, à une anamorphose s’est transfiguré en ébauche de plâtre. Aucun traitement pourtant n’a pu mettre un terme à cette maladie nerveuse qui s’est nourrie de fatigue et d’angoisse. Alors, on a ordonné à la scrofuleuse de quitter son bureau. On lui a aménagé un recoin situé à l’extrémité d’un couloir du dernier étage, on l’a mise au rebut dans un espace qui jusqu’alors servait de débarras. Du fait de sa laideur on l’a « sournoisement exilée dans la marge obscure des indésirables, des laissés pour compte  » [49]. Pour « délit de hideur  » [50], alors qu’aucune de ses capacités de travail n’ont été altérées, elle a été destituée de ses pouvoirs et de ses fonctions. Daphné a été condamnée à l’isolement, à la marge. Refusant cet effacement social du à sa laideur, elle s’est donnée la mort. Quand « la beauté fait loi, tout ce qui n’est pas elle condamne l’autre, le particularise, le ridiculise, le renvoie en dehors du clan parfois même jusqu’à l’assassinat fatal  » [51].

 Le non-dit de la laideur [52]

La nouvelle de Sylvie Germain traduit également autre chose. Si l’apparence de l’héroïne génère un certain malaise chez ses interlocuteurs, qu’elle répugne ceux qui l’approchent, aucun propos relatif à sa laideur n’est pourtant exprimé. Par exemple, lorsqu’il s’agit de convaincre Daphné de libérer son bureau, c’est de sa santé dont on discute mais non de son enlaidissement. De même lorsqu’elle prend un taxi pour se rendre à l’hôtel, le conducteur ne lui parle pas de sa disgrâce. Il se contente de la regarder dans son rétroviseur, tout d’abord à la dérobée avant de la dévisager en toute impudeur pour mieux repérer son étrange laideur [53]. On comprend que « ce jugement muet et sans appel  » [54], est à l’image de tous les regards qui se posent à présent sur elle, la révélant, sans le verbaliser pour autant, laide à tout jamais. Paradoxalement si la laideur authentifiée passe par le regard de l’autre, elle est rarement traduite aux moyens de mots. Et comme le remarque Claude Olievenstein, tout est dans le non-dit [55]. Même si ce qui n’est pas dit prend l’allure d’un autre langage, telle qu’une mimique, qu’un regard appuyé ou qui se détourne, toutefois de ces non-dits sortent pourtant des significations [56]. De ce fait, ce non-dit est bien un dit. Mais un dit non-verbal rendant plus flottante encore l’identité du sujet en le conduisant perpétuellement à lire dans le regard de l’autre la confirmation possible de sa laideur. En cela, la laideur telle « une entreprise cannibale  » [57] conduit à « une vérification qui ne vérifie rien d’autre que l’instantané  » [58].

Si l’individu se découvre laid dans le regard de l’autre cela ne lui a pourtant pas été formulé comme tel. Ce dit du non-dit est pour Claude Olievenstein l’origine même de la névrose de laideur. « Une telle névrose (…) se présente sous deux formes, la forme impulsive et la forme compulsive. Dans la première, le sujet cherche à vérifier à tout prix qu’il n’est pas si laid que cela alors que dans la forme compulsive, il ne cède à la tentation de vérification qu’après un long combat intérieur entre un non-dit accumulé et terrorisant inquiet des mille punitions dont sera payé le passage à l’acte, et un surmoi qui incite à tout tenter pour voir s’il est si loin de la beauté  » [59].

Si la laideur de l’autre ne se traduit pas dans un dit, le sujet lui-même ne l’évoque pas plus. Et en effet « comment pourrait-on de sang-froid parler de (…) sa laideur  » [60]. Pourtant pour l’individu disgracié « au fond il n’y a de certitude que de la laideur  » [61]. Or comme le conseille Claude Olievenstein, « dès lors que le secret est trop lourd à porter, le laid doit dire cela, fût-ce sous la contrainte de la psychanalyse. Tout simplement parce qu’il ne peut pas vivre en permanence deux niveaux complètement séparés et que le langage reste le lien d’articulation entre ces niveaux. Il est une possible réponse à une question qui est pour beaucoup et banalement celle du pouvoir-vivre et du pouvoir mourir (…). Il reste à définir une stratégie du dit et du non-dit comme possibilité de vivre plus ou moins de s’accepter, de se refuser, de se dépasser  » [62]. L’auteur reconnait par ailleurs la difficulté de cette évocation, il note même qu’« il faut peut-être quarante ans de vie pour oser dire cela (…) sans même être sûr que ce dévoilement ne nous exposera pas à un coup secret, à un assassinat fatal  » [63]. Si la laideur est tabou, peut-être est-ce là une des raisons susceptibles d’expliquer pourquoi peu d’études portent sur le lien existant entre la laideur et le suicide.

 De la honte à la haine de soi

Si la laideur touche l’être au cœur même de son identité, c’est qu’elle fait partie intégrante de lui-même à tel point qu’il ne peut plus se définir sans elle. Toujours tapie dans ses moindres pensées, la laideur est à l’origine de tout ajustement dans le rapport aux autres, au monde et à lui-même. Elle est le filtre à partir duquel l’existence prend sens. Et cela pour la simple raison que l’individu a honte de ce qu’il donne à voir de lui-même. Et pourtant si, comme l’a analysé Aristote dans la Rhétorique, la honte de soi est liée à la reconnaissance par le sujet de sa culpabilité, par contre, dans le cas de l’individu laid, la honte est d’un tout autre ordre, car elle touche à l’être même du sujet sans pour autant que celui-ci soit responsable de quelque acte illicite commis. Cette honte, en tant que honte ontologique se forge alors à partir d’un crédit donné aux discours dévalorisants. Cette honte nourrie d’indignité, d’ignominie et d’infamie, révèle à l’individu victime qu’il est comme autrui le voit. La honte, Sartre l’a bien montré, est toujours liée à l’autre : autrui est intermédiaire entre moi et moi-même. J’ai honte dans la mesure où je me sens mis à nu par le regard de l’autre, l’autre me voit comme je suis, ou plutôt faudrait-il dire, je reconnais que la manière dont l’autre me voit, est ce que je suis [64]. Si autrui me juge laid, je deviens cet être laid. La honte en tant qu’affect ontologique, est dans ce cas honte d’une laideur aliénante, d’une laideur « hontologique  » [65] qui nie toutes mes possibilités. L’être du pour-soi est alors grignoté par l’en-soi. Je ne suis plus rien d’autre que cette laideur. La laideur entraîne alors un dessaisissement de soi, une inexistence, une faille dans l’être à tel point que toute estime, est rendue difficile. Dans cette optique, on ne peut que reconnaître avec Hume que l’essence de la laideur, c’est la douleur [66]. En perte de reconnaissance et de valeur, coupable d’être ce qu’il se croit être, l’individu devient détestable à ses yeux, un être qui ne peut plus être qu’objet de répugnance, de dégoût, de haine. Face à ce type de sentiment extrême, il ne trouve pas d’autres solutions que d’attenter à sa vie.

 Conclusion

Finalement, bien moins que lui-même et bien plus à la fois, ce que le suicidant tue c’est une identité devenue fixe et indélébile qui lui fait reconnaitre une non différenciation possible entre le lui et sa laideur. Dans ce « je suis laid », l’individu en vient à ne plus faire qu’un avec sa laideur, toute distanciation est consommée. Mais si on comprend que son crime est celui de l’assassinat de l’histoire de sa laideur, il est avant tout l’effacement de toute possible perception de soi, et par là même de tous regards, de tous jugements dévalorisants de l’autre sur soi qui ont été à l’origine de ce qui a généré les fruits de cette haine de soi.

 Bibliographie

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Notes

[1] M. Houellebecq, Les particules élémentaires, Paris, Éditions J’ai lu, Nouvelles générations (coll.) 2006, p. 153.

[2] Y. Michaud, L’art à l’état gazeux, essai sur le triomphe de l’esthétique, Paris, Hachette littératures, Pluriel art (coll.), 2003, p. 7.

[3] V. Nahoum Grappe, Beauté/Laideur, l’esthétique du corps en question. Un essai de sémiologie historique (France XVIe-XVIIIe), Paris, thèse de 3e cycle, sous la direction de Jean-Louis Flandrin, 1985, p. 34.

[4] S. Germain, L’hôtel des trois roses in Le Visage, Paris, Éditions Autrement, Octobre 1994, p. 215.

[5] Claude Olievenstein, Le non-dit des émotions, Paris, Odile Jacob, 1987, p.72.

[6] Ibid.

[7] Id., p.71.

[8] M. Falardeau, Huit clé pour la prévention du suicide chez les jeunes, préface de Michel Tousignant, Presses de l’université du Québec, 2002, p. 71.

[9] M. Perret-Catipovic, Entretiens avec Michel Baravel, Le suicide des jeunes : comprendre, accompagner prévenir, Saint-Maurice, Éditions Saint-Augustin, 2004, pp. 100-101.

[10] C. Olievenstein, Le non-dit des émotions, op. cit., p. 86.

[11] Ibid.

[12] Y. Prigent, La souffrance suicidaire, essai sur le mal insupportable, Paris, Desclée de Brouwer, 1994, p. 184.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] L. Bertrand, Traité du suicide considéré dans ses rapports avec la philosophie, la théologie, la médecine et la jurisprudence, Paris, Baillière, 1857, p. 140.

[16] Id., pp. 140-141.

[17] J.P. Falret, De L’hypocondrie et du suicide, Paris, Croullebois, 1922, p. 67.

[18] Id., p. 68.

[19] D. Le Breton, Des Visages, Essai d´anthropologie, Paris, Métailié, 2003, p. 298.

[20] S. Delaporte, Les gueules cassées, les blessés de la grande guerre, Paris, Éditions Noesis, 1996.

[21] H. Remi, Hommes sans visage, Lausanne, Éditions Spes S.A., 1942, p. 101, cité in S. Delaporte, Les gueules cassées, les blessés de la grande guerre, Paris, Éditions Noesis, 1996, p.133.

[22] S. Delaporte, Les gueules cassées, les blessés de la grande guerre, op. cit., p. 133.

[23] P. Quignard, Terrasse à Rome, Gallimard, Folio (coll.), 2000, p. 9.

[24] Cf. R. F. Murphy, Vivre à corps perdu, Paris, Plon, 1987, p. 184, cité in David Le Breton, Des Visages, Essai d´anthropologie, op. cit., p. 299.

[25] P. Ancet, Phénoménologie du monstrueux, Paris, P.U.F., Science, histoire et société, 2006, p. 11.

[26] Id., p. 74.

[27] Id., p. 11.

[28] Id., p. 76.

[29] Id., p. 77.

[30] Ibid.

[31] Ibid.

[32] Ibid.

[33] F. Mauriac, Le Sagouin, Paris, Plon, Pocket (coll.), 2005, pp. 8-9.

[34] Id., p. 89.

[35] Id., p. 127.

[36] Id., p. 131.

[37] Id., p. 136.

[38] M. Perret-Catipovic, Entretiens avec Michel Baravel, Le suicide des jeunes : comprendre, accompagner prévenir, op. cit., p. 61.

[39] Ibid.

[40] M. Serres, A-R Chancholle, A visage différent. L’alliance thérapeutique autour de l’enfant meurtri, Paris, Éditions Hermann, 1997, pp. 111-113.

[41] E. Goffman, Stigmate, les usages sociaux des handicaps, Paris, Éditions de Minuit, 1975, p. 145.

[42] D. Le Breton, Des Visages, Essai d´anthropologie, op. cit., p. 296.

[43] Id., p. 300.

[44] C. Olievenstein, « J’ai été beau un jour », in Fatale Beauté, Paris, Éditions Autrement, Juin 1987, p. 163.

[45] M. Del Castillo, La guitare, Seuil, Points (coll.), 1984.

[46] Id., p. 133.

[47] Id., p.13.

[48] S. Germain, « L’hôtel des trois roses » in Le Visage, Paris, Éditions Autrement, Octobre 1994, p. 215.

[49] Id., p. 220.

[50] Id., p. 220.

[51] C. Olievenstein, « J’ai été beau un jour », in, Fatale beauté, op. cit., p. 163.

[52] Id., p.71.

[53] S. Germain, « L’hôtel des trois roses », in Le Visage, op. cit., p. 221.

[54] Ibid.

[55] C. Olievenstein, Le non-dit des émotions, Paris, Odile Jacob, 1987, p.72.

[56] Ibid.

[57] Id., p.74.

[58] Ibid.

[59] Id., p.79.

[60] Id., p.72.

[61] Ibid.

[62] Ibid.

[63] Ibid.

[64] J.P. Sartre, L’Être et le néant, Essai d’ontologie phénoménologique, Paris, Gallimard, 1976, p. 307. « La honte (…) est honte de soi, elle est reconnaissance de ce que je suis bien cet objet qu’autrui regarde et juge (…). Avec cet être que je suis et que la honte me découvre, quelle sorte de rapport puis-je entretenir ? En premier lieu, une relation d’être. Je suis cet être. Pas un instant, je ne songe à le nier, ma honte est un aveu. Je pourrai plus tard user de mauvaise foi pour me le masquer, mais la mauvaise foi est, elle est aussi un aveu, puisqu’elle est un effort pour fuir l’être que je suis.  »

[65] Néologisme créé par Lacan en 1970.

[66] David Hume, Traité de la nature humaine, Livre II, partie 1, section 5, Paris, Aubier Montaigne, 1946

Articles connexes :



-Anomie néolibérale et suicide au travail, par Burgi Noëlle

-Le suicide d’Albine dans La Faute de l’abbé Mouret ou la sociologie de Durkheim à l’épreuve d’un suicide littéraire, par Ledent David

-Se suicider au grand âge : l’ultime recours à une vieillesse déchue ?, par Campéon Arnaud

-Petits arrangements avec la mort volontaire. Suicide, folie et refus de sépulture dans la première moitié du XIXe siècle, par Guillemain Hervé

Pour citer l'article


Sagaert Claudine, « De la laideur au suicide », dans revue ¿ Interrogations ?, N°14. Le suicide, juin 2012 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/De-la-laideur-au-suicide (Consulté le 10 décembre 2016).



ISSN électronique : 1778-3747

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