Bihr Alain

Les origines du capitalisme selon Max Weber

 




En un sens, on peut dire que toute l’œuvre de Weber est dominée par la question des origines du capitalisme : pourquoi et comment le capitalisme a-t-il fini par s’imposer non seulement comme mode dominant, voire exclusif, de comportement économique mais encore, bien plus largement, comme modèle culturel marquant l’ensemble des sphères de la vie sociale, spirituelle aussi bien que matérielle, dans l’Europe moderne et contemporaine ? Question qu’il pose et résout cependant selon une conceptualité spécifique, qu’il me faudra rappeler, qui assure certes l’originalité de son apport mais en circonscrit aussi les limites [1]. De surcroît, précisément parce que cette question est pour lui centrale, il n’a cessé d’y revenir tout au long de son œuvre, multipliant les angles d’attaque, sans d’ailleurs que ces différentes approches soient toujours parfaitement homogènes sinon cohérentes entre elles. La présentation qui suit ne prétend donc pas être exhaustive, loin de là même : elle se limite aux seuls aspects des élaborations de Weber qui ont fait date et débat, en inspirant recherches aussi bien que critiques, en se centrant notamment sur l’ouvrage de Weber qui a le plus fait couler d’encre, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme [2].

On sait que Weber fait de « l’activité sociale » la catégorie principale de sa sociologie ; et de la compréhension de cette activité le principe de toute explication sociologique. En conséquence, il est amené à définir le capitalisme en ces termes : « Un acte économique sera dit ‘capitaliste’ avant tout quand il repose sur l’attente d’un profit obtenu par l’utilisation de chances d’échange, quand il repose, donc, sur des chances de gain formellement pacifiques » [3] Le capitalisme ne désigne donc pas chez Weber, du moins immédiatement, un système économique et social : un ensemble de relations ou de rapports formant système, comme c’est le cas chez les libéraux aussi bien que chez Marx. A travers cette notion, Weber désigne bien davantage une forme ou un mode spécifique de comportement économique qui, en se généralisant et en se stabilisant, peut certes donner lieu à la formation d’un système économique, mais dont l’intelligibilité doit toujours se rapporter aux actions et activités des agents individuels qui lui servent de moteur et de principe. On reconnaît ici la défiance de Weber à l’égard de ce qu’il appelle « les concepts collectifs » et sa volonté de rapporter l’explication des structures sociales à la compréhension des comportements individuels : « (…) pour l’interprétation compréhensive de l’activité que pratique la sociologie, ces structures ne sont que des développements et des ensembles d’une activité spécifique de personnes singulières puisque celles-ci constituent seules les agents compréhensibles d’une activité orientée significativement. » [4]

Ce qui constitue le propre de l’activité économique capitaliste, selon Weber, c’est le fait, d’une part, que le gain n’est escompté que des possibilités nées de l’échange, donc de la circulation marchande et monétaire ; d’autre part, que cette activité repose sur cet élément rationnel qu’est le calcul économique, résultant de la comparaison entre la valeur des éléments engagés (marchandises ou argent) dans la circulation et la valeur de ceux qui en sont retirés : « (…) l’élément décisif est toujours qu’un calcul du capital soit effectué en termes monétaires, que ce soit sous la forme moderne de livres de comptes, ou sous tout autre forme, aussi primitive et rudimentaire soit-elle. Au départ d’une entreprise, on dresse un bilan initial ; mais c’est également le cas avant chaque action ponctuelle : on procède à un calcul ; de même lors du contrôle et de la vérification de la pertinence de l’opération, on procède à un nouveau calcul ; de la même manière à l’achèvement de l’opération, et afin d’établir le profit dégagé, on procède à un bilan final.  » [5]

Ces deux critères de l’activité capitaliste selon Weber, centrant sa définition sur le procès de circulation et sur l’activité rationnelle de l’agent économique, disent sa dette à l’égard du paradigme libéral, notamment dans sa formulation néoclassique. Ainsi défini, le capitalisme est, selon Weber, une réalité universelle : « Or, aussi loin que les documents économiques remontent, on trouve dans toutes les civilisations du monde un ‘capitalisme’, entendu dans ce sens, et des opérations ‘capitalistes’, même si le calcul du capital y est d’une rationalisation assez médiocre. C’est le cas de la Chine, de l’Inde, de Babylone, de l’Egypte, de l’Antiquité méditerranéenne, du Moyen Age comme de l’époque moderne. » [6]

On aura compris que, comme bon nombre d’autres économistes, historiens ou sociologues, avant aussi bien qu’après lui, Weber assimile ici capitalisme et développement du capital marchand dans les différentes formes qu’il peut prendre au sein des formations précapitalistes. Comme il le dit par ailleurs, il s’agit du ‘capitalisme’ « (…) répandu partout dans le monde depuis trois millénaires, depuis la Chine, l’Inde, Babylone, la Grèce, Rome, Florence jusqu’à nos jours, c’est-à-dire celui des usuriers, des fournisseurs de guerre, des fermiers d’office et d’impôts, des grands entrepreneurs de commerce et magnats de la finance. » [7]

Ce n’est pas pour autant que Weber ignore ou méconnaisse la spécificité du capital industriel (au sens de Marx) et du capitalisme moderne auquel il va donner naissance. Bien, au contraire, il tient à en souligner l’originalité profonde lorsqu’il affirme : « Mais dans les temps modernes, l’Occident connaît en outre une forme de capitalisme tout autre, et qui ne s’est développé nulle part ailleurs : l’organisation capitaliste rationnelle du travail (formellement) libre. On n’en trouve ailleurs que des rudiments.  » [8] L’originalité de cette forme de capitalisme, que l’Occident moderne a eu le privilège d’inventer avant de l’exporter partout dans le monde, tient donc, aux yeux de Weber, dans l’exploitation rationnelle du « travail libre », expression que Marx utilise également pour désigner le travail salarié et dont il n’est pas exclu que Weber la reprenne de lui, parachevant la rationalité économique dont on vient de voir qu’elle est, selon Weber, inhérente à toute activité capitaliste. Par quoi il faut entendre que cette forme de capitalisme se propose de soumettre aussi intégralement que possible le procès social de production aux exigences et aux règles de ce qu’il nomme « l’activité rationnelle par finalité » (« zweckrationales Handeln »), ce que l’on dénomme ordinairement la rationalité instrumentale. Elle se caractérise, d’une part, par le souci exclusif d’un agencement cohérent des moyens destinés à parvenir à une fin déterminée, indépendamment de la valeur de cette dernière ; d’autre part, par ‘l’économie’ des moyens utilisés relativement à la fin poursuivie : il s’agit d’obtenir le maximum de résultats avec le minimum de moyens.

Evidemment, pareille organisation rationnelle du travail présuppose toute une série d’autres conditions, tant objectives que subjectives. La première, et sans doute la plus importantes est le revers même du travail (formellement libre) : l’expropriation de ces mêmes producteurs, que Weber appréhende plus positivement sous la forme de l’appropriation privative des moyens de production, dont Marx fait l’aspect essentiel du capital comme rapport de production. Weber préfère, pour sa part, insister, toujours à titre de conditions de cette rationalisation du procès de production, de l’exploitation rationnelle de la force de travail salariée à fin de valorisation du capital, sur la séparation (physique et surtout juridique) de l’entreprise capitaliste du ménage ; sur le recours à une comptabilité rationnelle (comptabilité double et comptabilité analytique) ; ainsi que, d’une manière plus générale, sur l’existence d’un marché au sens d’un système de rapports d’échanges stabilisés et régularisés par l’existence d’un système monétaire (avec ses institutions spécifiques) et d’un système juridique (garant de l’exécution des contrats entre échangistes), marché libre auquel doivent pouvoir accéder tous les agents économiques (tous ceux qui peuvent et veulent prendre part aux échanges marchands) ; sur une administration d’Etat opérant selon des règles formelles et des procédures fixes et prévisibles ; sur une technique rationnelle, appliquée tant au procès de production (sous la forme de sa mécanisation) qu’au procès de circulation, permettant notamment la prévision des résultats de ce dernier ; enfin, sur l’existence d’un marché financier permettant de mettre à disposition des entrepreneurs capitalistes des réserves monétaires disponibles (sous forme de prêts) et, du même coup, à tout un chacun de participer aux entreprises rationnelles (sous forme de l’actionnariat) [9].

En fait, pareille rationalisation de l’activité économique n’est, pour Weber, on le devine à l’énumération des conditions précédentes, qu’un aspect ou un développement particulier de la tendance plus générale à la rationalisation de toutes les activités sociales qui caractérise en propre l’Occident, et qui fait, selon lui, toute la spécificité de la civilisation occidentale – et c’est là une première originalité de son approche du problème. Weber n’affirme certes pas que l’Occident a eu le monopole de l’activité sociale rationnelle par finalité, dont il fait un des quatre types fondamentaux d’activité sociale et qui, à ce titre, est universelle et se rencontre dans toutes les sociétés, en tout temps et en tout lieu. Mais le propre de l’Occident, selon lui, a été de soumettre méthodiquement l’ensemble des activités sociales aux schèmes et aux exigences de la rationalité instrumentale, pour l’étendre en définitive à toutes les sphères de la vie collective et individuelle et finir par engendrer le monde « désenchanté » en même temps qu’impersonnel qui est le nôtre. Cela est vrai non seulement des sciences et des techniques scientifiques, dans lesquelles la rationalité instrumentale a été érigée au rang de principes épistémologiques et méthodologiques et a été formalisée comme telle ; mais encore, outre l’économie, du droit (avec la codification des normes et règles juridiques, leur organisation en systèmes apodictico-déductifs) et de l’Etat (doté d’une constitution qui encadre l’activité législative, réglementaire et judiciaire de ses agents et d’une bureaucratie développant une division verticale et horizontale du travail institutionnel) ; de la philosophie, de la religion (rationalisée sous forme de théologie, de théodicées et de préceptes moraux) et même de l’art, notamment de l’architecture (avec ses traités codifiant les règles de construction) et la musique (avec ses règles d’écriture et de composition) [10]. En somme, pour Weber, le capitalisme est un simple aspect particulier en même temps que la résultante générale de la dynamique de rationalisation des activités sociales propre à la civilisation occidentale, qui aura permis en définitive à cette dernière de s’universaliser, d’envahir et de conquérir la planète entière, de devenir-monde en un mot.

En conséquence de sa définition du capitalisme, Weber est également conduit à mettre l’accent sur les conditions subjectives de possibilité de la formation de ce dernier – et c’est là la seconde originalité de son approche du problème des origines du capitalisme. Pour que se développe cette rationalisation de l’activité économique qui est selon lui le propre du capitalisme moderne, il faut en effet qu’émerge et que se consolide un certain type de subjectivité, capable précisément d’opérer une telle rationalisation. C’est là ce que Weber nomme « l’esprit du capitalisme » dont il cherche à comprendre, au-delà de son contenu propre, les conditions et les formes de son apparition et de sa consolidation dans la dynamique longue de la civilisation occidentale.

Le trait le plus caractéristique de cet « esprit du capitalisme » est, selon Weber, le devoir, fait à tout individu, de consacrer sa vie entière à une activité professionnelle capable d’augmenter son capital – compris ici dans le sens général et vulgaire de son gain et de sa fortune, de ses revenus et de son patrimoine, mais aussi, et de préférence, dans le sens économique spécifique de l’ensemble des biens (matériels ou immatériels) qui permettent de faire de l’argent avec de l’argent, de réaliser un profit sur la base d’une avance d’argent dans la circulation marchande et monétaire. Dans une pareille perspective, s’adonner à son activité professionnelle, avec tout le sérieux nécessaire et tout le zèle dont un individu peut être capable, prend le sens d’une fin en soi, mieux même : d’une véritable vocation, au sens religieux du terme – et c’est bien là le double sens du terme allemand Beruf, à la fois profession et vocation. De cet impératif catégorique commandant à chacun de s’enrichir par l’intermédiaire de son travail et, de préférence, par l’intermédiaire de celui d’autrui, résultent trois autres traits caractéristiques de « l’esprit du capitalisme » selon Weber. A savoir, d’une part, le souci constant de la maîtrise de soi, de manière à mobiliser au mieux toute son énergie dans son activité professionnelle, impliquant la rationalisation de son comportement dans tous les actes de la vie quotidienne, rationalisation qui gagne évidemment la conduite de ses affaires, par exemple sous la forme du souci de ne pas perdre son temps, de consacrer chaque instant de son existence à sa profession-vocation. D’autre part, le renoncement à la jouissance des biens matériels, l’argent gagné ne devant pas être dilapidé, mais économisé pour être à son tour réinvesti dans l’activité professionnelle : il ne faut prélever sur le gain que ce qui est strictement nécessaire à une vie simple et sobre, sans excès ni ostentation – ce qui implique un certain degré d’ascétisme. Enfin, la justification de l’enrichissement personnel, non pas comme occasion d’oisiveté et de jouissance, mais comme manifestation et récompense du sérieux et du zèle mis à exercer sa profession-vocation.

Quant aux conditions qui ont présidé à la formation et au développement d’un pareil « esprit », d’une pareille subjectivité, spécifiquement capitaliste, on connaît la thèse soutenue par Weber. La matrice d’un pareil « esprit » réside, selon lui, dans ce qu’il nomme « l’ascétisme intramondain » inventé et diffusé par le calvinisme, mais aussi par certaines sectes puritaines, méthodistes, piétistes et anabaptistes. Au sein du calvinisme, du fait de sa curieuse théorie de la prédestination, le fidèle ne peut échapper à l’angoisse de son salut, s’assurer de bénéficier de la grâce divine nécessaire à ce dernier, qu’en se vouant corps et âme à sa propre réussite économique, tout en respectant évidemment la loi divine. Car l’élu se distingue précisément par le fait qu’il manifeste et accroît la gloire de Dieu par son action dans le monde même : par le fait que, tout en vivant scrupuleusement selon la loi divine, il contribue à la prospérité du monde en assurant le succès de ses entreprises terrestres, et notamment de ses entreprises professionnelles, par un travail acharné et un effort de tous les instants qui sont tenus, par conséquent, pour un véritable devoir religieux. En somme, pour le calviniste, celui qui, grâce à son labeur acharné et à sa vie ascétique, réussit dans les affaires tout en respectant la loi divine travaille « ad majorem Dei gloriam  » (pour la plus grande gloire de Dieu) ; et sa réussite atteste, de ce fait, qu’il bénéfice de la grâce divine et qu’il est assuré de son salut.

A suivre Weber, le protestantisme calviniste a ainsi sécularisé l’éthique ascétique en Occident. Jusqu’alors confinée dans les limites de la vie monacale, d’une existence extra-mondaine bien qu’ayant déjà des incidences sur le cours du monde (par exemple en assurant la prospérité matérielle et le rayonnement spirituel des monastères médiévaux), il l’a inscrite dans le monde, il en a fait un ascétisme intramondain, mieux, il en a fait la règle même de toute vie séculière. Et, ainsi, il a contribué à donner naissance aux différentes dimensions de « l’esprit du capitalisme » : à son ethos de la profession-vocation, à son exaltation du travail comme fin en soi et vertu suprême ; à son exigence de maîtrise de ses pulsions et désirs, de manière à les subordonner strictement aux exigences de la vie professionnelle ; à son ascétisme bannissant toute oisiveté comme toute jouissance ou toute ostentation de sa richesse, au profit d’une accumulation (réinvestissement) méthodique et continue des gains obtenus, de manière à accroître sans cesse les possibilités de nouveaux gains ; mais aussi à sa justification de l’enrichissement personnel présenté non seulement comme un devoir mais comme un signe d’excellence (à la limite, comme l’attestation de l’élection divine), fournissant ainsi un motif supplémentaire à l’accumulation.

« L’ascèse protestante intramondaine – ainsi peut-on résumer ce qui a été dit jusqu’à présent – s’est opposée de toutes ses forces à la jouissance ingénue des possessions, elle a restreint la consommation, en particulier la consommation de luxe. En revanche, elle a eu pour effet psychologique de lever les obstacles que l’éthique traditionnelle opposait à l’acquisition des biens, de rompre les chaînes qui entravaient la recherche du gain, non seulement en la légalisant, mais en la considérant comme directement voulue par Dieu (au sens où nous l’avons exposé). » [11]

L’antique condamnation de l’auri sacra fames (de la maudite soif de l’or), qui avait limité le développement du capital marchand jusqu’alors, a ainsi cédé la place à l’idée que créer et exploiter sans cesse ni repos des possibilités de gagner de l’argent était non seulement licite mais un devoir ; en même temps que le même ascétisme intramondain a créé chez ceux qui n’avaient aucune chance de pouvoir se lancer dans ce genre d’affaire et qui étaient condamnés à vendre aux précédents leur force de travail, une conscience professionnelle et un attachement au travail non moins nécessaires à l’accumulation du capital.

Notes

[1] Le présent article insistera sur l’apport wébérien. Je me promets de revenir dans un prochain article sus ses limites.

[2] Je me réfèrerai à la nouvelle traduction qu’en a proposée Jean-Pierre Grossein, parue chez Gallimard en 2003, qui, outre sa plus grande exactitude et rigueur, a le mérite d’être accompagnée des différents textes (sur les sectes protestantes nord-américaines) par lesquels Weber a complété son ouvrage ainsi que des réponses apportées par Weber à différents commentaires et critiques de ce dernier.

[3] « Avant-propos » au « Recueil d’études de sociologie des religions » in Sociologie des religions [1922], Gallimard, 1996, pages 493-494.

[4] Economie et société [1920], Plon, 1971, réédition Pocket, 1995, tome 1, page 41.

[5] « Avant-propos », op. cit., page 495.

[6] Id., pages 495-496.

[7]  L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme [1904-1905/1920], op. cit., page 45, note 45.

[8] « Avant-propos », op. cit., page 497.

[9] La plupart de ces conditions se trouvent synthétisées par Weber dans Histoire économique. Esquisse d’une histoire universelle de l’économie et de la société, Gallimard, 1991, pages 296-298.

[10] Les différentes composantes du rationalisme occidental se trouvent brièvement synthétisées par Weber dans l’« Avant-propos » cité à plusieurs reprises déjà.

[11]  L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, op. cit., page 233-234.

Pour citer l'article


Bihr Alain, « Les origines du capitalisme selon Max Weber », dans revue ¿ Interrogations ?, N°2. La construction de l’individualité, juin 2006 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Les-origines-du-capitalisme-selon,370 (Consulté le 26 septembre 2016).



ISSN électronique : 1778-3747

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