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De Coninck Frédéric

A distance de soi-même. L’individu clivé vu par Max Weber et par Georg Simmel et son intérêt heuristique actuel

 




 Résumé

L’individu clivé et à distance de lui-même a été une figure explorée par certains auteurs classiques de la sociologie. Cette figure rencontre une actualité particulière aujourd’hui dans un contexte de multiplication des appartenances et d’élargissement des horizons d’appartenance. Les visions divergentes de Weber (qui voyait dans le clivage une source de perte de sens) et de Simmel (qui y voyait une source d’enrichissement individuel) permettent, aujourd’hui encore, de mettre en regard des situations sociales d’émiettement du sens ou, au contraire, de reconstruction du sens. Le vécu des interactions sociales à distance peut fragiliser l’individu tout comme il peut, suivant les ressources sociales dont l’individu dispose, lui permettre d’orchestrer des vécus multiples qui enrichissent ses possibilités de vie. Nous testons la valeur heuristique de ce débat à l’aune de plusieurs situations empiriques.

Mots-clefs  : Multi-appartenance, individu moderne, distance sociale, Weber, Simmel.

 Summary

Remote from oneself

The individual as a cleaved and from oneself remote person has been a figure explored by some of the classic sociologists. This figure has a particular topicality today in a context of multiplication of the memberships and widening of their horizons. The divergent visions between Weber (for whom cleavage was a source of senselessness) and Simmel (for whom it was a source of individual enrichment) allow, still today, to opposite social conditions crumbling the sense or, on the contrary, rebuilding it. To live some remote social interactions can weaken someone just like, according to the social resources he has, it can enable him to orchestrate the different experiences enriching his life possibilities. We are testing the heuristic value of this debate by the yardstick of several empirical situations.

Keywords : Multimembership, modern individual, social distance, Weber, Simmel.

 Introduction

La sociologie a, au fil du temps, déployé une énergie considérable pour questionner l’individu « par le haut » en soulignant, de manière souvent convaincante, que l’individu se constituait au travers de formes historiques de la subjectivité et de l’intersubjectivité. L’individu se trouve, ainsi présenté, toujours encastré dans des rapports sociaux qui, à tout le moins, le préforment. Tout cela est bien connu. Mais des enjeux sociaux importants se jouent à notre avis, aujourd’hui, au travers du questionnement de l’individu « par le bas » : jusqu’à quel point l’individu parvient-il à construire une image de lui-même qui fasse un tout ? jusqu’à quel point parvient-il à digérer les déchirements qu’il vit entre des situations pratiques éloignées les unes des autres, voire contradictoires les unes avec les autres ?

Les ouvrages récents de François Dubet et Bernard Lahire, ou l’ouvrage antérieur coordonné par John Elster  [1], pour n’en citer que quelques-uns uns, témoignent d’un regain d’intérêt pour de telles questions dans les sciences sociales. Ce regain nous pousse à resituer l’histoire de cette question dans le champ scientifique et à revenir, notamment, à deux auteurs classiques : Max Weber et de Georg Simmel. Tous deux ont, en effet, questionné l’unité de l’individu, en montrant qu’il n’était pas constitué d’un bloc homogène mais qu’il était traversé de courants multiples, éventuellement contradictoires et divergents. Sur la base de ce constat commun, ils ont développé ensuite des analyses notablement différentes l’une de l’autre. Ils tracent ainsi deux voies de lecture de la diversité intra-individuelle qui construisent les termes d’un débat. Or la valeur heuristique de ce débat ne nous semble nullement épuisée actuellement : c’est l’objet du présent papier que de le démontrer et de tenter d’en tirer parti.

 Max Weber et l’individu clivé

La figure de l’individu qui émerge, en général, des présentations de l’oeuvre de Max Weber n’est pas celle d’un individu clivé mais, au contraire, celle du puritain qui a fait de sa vie une unité traversée par une « conduite méthodique » de vie qui l’informe de part en part. Weber souligne chez le puritain l’absence d’une double morale : les apparences sont chez lui de même nature que l’être profond et la morale qu’il endosse à l’égard de ses proches est la même que celle qu’il endosse dans tous ses rapports sociaux. La conduite de vie du puritain est structurée par une « orientation systématique autour d’une échelle de valeurs (…), le monde apparaissant alors par rapport à cette orientation comme le matériau qu’il faut façonner selon la norme éthique  »  [2]. Le monde social du puritain plie devant sa morale rationnelle. Dans sa post-face sur les sectes protestantes et l’esprit du capitalisme, Max Weber montre, par exemple, comment une simple consultation chez le dentiste met en jeu une éthique religieuse et l’ancrage dans une communauté de foi. L’appartenance à une communauté religieuse identifiable qualifie, en l’occurrence, le client du dentiste pour un crédit éventuel  [3].

A partir de cette figure du puritain qui maintient l’unité rationnelle de sa vie avec la main de fer de son éthique on cite le danger de la modernité pointé par Max Weber sous les auspices de la « cage de fer » qui fermerait le champ des vies possibles en proposant une vie sociale par trop univoque.

Mais il existe un deuxième Weber qui nous intéresse davantage, celui, par exemple, de la « considération intermédiaire » [4] qui situe le puritanisme (et le monothéisme en général) comme une particularité historique et comme une parenthèse en train de se refermer. Ce que Weber voit alors à l’oeuvre ce sont des domaines d’action (l’économie, la politique, l’art, la sexualité) qui s’autonomisent les uns des autres et qui proposent à l’individu qui en est comme écrasé, des systèmes de valeurs antagonistes les uns des autres. C’est ce qu’il thématisera dans une de ses ultimes conférences au travers de l’image de la « guerre des dieux ». Ce qui nous intéresse pour notre propos est que la « perte de sens » de la vie quotidienne que l’on a souvent, dans la lignée de l’école de Francfort, rattachée au thème de la cage de fer (la rationalité instrumentale envahissant tout le champ du possible), est, à l’occasion, rattachée à l’entrecroisement des systèmes de valeurs au sein de l’individu. Lisons plutôt :

« Il s’agit en fin de compte, partout et toujours, à propos de l’opposition entre valeurs, non seulement d’alternatives, mais encore d’une lutte mortelle et insurmontable, comparable à celle qui oppose Dieu et le diable. Ces deux extrêmes refusent toute relativisation et tout compromis. Bien entendu, ils les refusent quant à leur signification, car, ainsi que chacun peut en faire l’expérience au cours de sa vie, il y a toujours en réalité et selon toute apparence des compromis : on les rencontre même à chaque pas. En effet, dans presque toutes les prises de position importantes d’hommes concrets les sphères de valeurs s’entrecroisent et s’embrouillent. Ce que nous appelons au sens propre la platitude de la vie quotidienne consiste précisément en ce que l’homme qui s’y trouve plongé n’est pas conscient, et surtout ne veut pas prendre conscience, pour des raisons psychologiques ou pragmatiques, de cet enchevêtrement de valeurs foncièrement hostiles les unes aux autres » [5].

Weber ne sort pas ici du schéma qui prévaut en sociologie et qui veut que l’individu soit constitué au travers de ses rapports intersubjectifs. Simplement, à la différence d’autres auteurs (comme Elias [6], par exemple), il dit que ce processus de constitution n’est pas convergent. L’individu se retrouve partie prenante de situations qui font appel à des systèmes de valeurs contradictoires les uns avec les autres de sorte qu’il ne peut exister sans tensions internes et sans refoulement. L’individu, pour reprendre les termes de Weber, préfère « ne pas prendre conscience  » de cet entrecroisement et cet embrouillement.

 Les difficultés contemporaines de la construction de soi, jeunes en galère et salariés travaillant dans des entreprises en réorganisation rapide et continue

Jusqu’à quel point le point de vue de Weber est-il heuristique ? Jusqu’à quel point l’est-il toujours ? Il y a, comme souvent avec Max Weber, une amplification de la pensée qui conduit à désigner une expérience limite plus que la gamme des vécus quotidiens effectivement possibles. Mais cette expérience limite permet néanmoins d’éclairer certaines situations.

Il est intéressant de voir que François Dubet a réactivé ce schème de contradictions occultées entre systèmes de valeur à partir de ses enquêtes sur les jeunes en grande difficulté. Lorsque la société ne propose pas de place définie, la vie sociale peut, en effet, s’apparenter à une suite de rôles sans liens les uns avec les autres et qui traversent l’individu sans qu’il arrive à en digérer vraiment aucun.

L’existence de tensions entre logiques d’action n’est pas l’apanage exclusif des jeunes en galère. « Les acteurs vivent sans cesse dans des tensions, dans les interfaces entre des logiques d’action (différentes). Ainsi, la plupart des individus expliquent qu’ils sont à la fois l’un et l’autre et la définition authentique de soi apparaît comme un exercice impossible. (… Cela dit) le thème des tensions de l’expérience sociale ne doit pas renvoyer à une conception nécessairement dramatique, déchirée, de l’existence. Bien des tensions se routinisent et s’oublient  » [7]. Mais la plupart des individus, dit François Dubet, tentent malgré tout de ressaisir leur vie pour en faire une expérience qui fasse un tout. En revanche les jeunes en grande difficulté avec lesquels il avait travaillé pouvaient parfaitement s’abandonner à une errance sociale : « j’avais le sentiment d’être face à des séquences de pratiques ou de discours parmi lesquelles il était extrêmement difficile de dégager un principe stable et une hiérarchie significative » [8]. Il dit s’être retrouvé face à des êtres aussi imprévisibles aux autres qu’à eux-mêmes et dont l’expérience « n’avait pas de centre  » [9].

On se situe là dans un vécu anthropologique qui engage une déstructuration de toute la personne. Sur un registre moins global, dans la mesure où seule la vie au travail est en jeu, une large partie des situations de travail actuelles entraîne les salariés dans des sauts de puce du même ordre. Les situations de travail sont, en effet, traversées par des mots d’ordre, par des outils de gestion, par des démarches qui se multiplient et ne font pas système [10]. Nous avons pu observer ces évolutions jusque dans des administrations même si les entreprises privées les vivent plus intensément. Il faut produire à moindre coût, en respectant le client tout en ne passant pas trop de temps avec lui. Il faut faire de la qualité, mais aussi de la sécurité, de la traçabilité, tout en respectant des délais de livraison de plus en plus courts. Les produits et les services sont de plus en plus complexes et variés, les gammes changent régulièrement, mais tout cela doit se faire sans erreurs et sans faire déraper les coûts. Il est alors tout à fait frappant de voir que personne dans l’entreprise ne parle, à un moment donné, de l’ensemble de ces exigences. Les cadres parlent de la dernière mode managériale que le staff de l’entreprise a endossé à titre de mot d’ordre du moment. Les salariés d’exécution ne tiennent compte que d’une partie de la rhétorique qui leur paraît renvoyer à quelque chose de directement opérationnalisable et évoquent, à l’occasion, des mots d’ordre passés avec un brin d’humour. Dans la pratique l’attention n’est jamais dirigée sur l’ensemble des paramètres à prendre en compte. Elle est focalisée sur un ou deux points qui « font problème » à ce moment là, suite à la plainte d’un client ou suite à une option stratégique décidée par la direction de l’entreprise. Mais la durée de vie de ces plaintes et de ces options est de plus en plus courte. On assiste donc à un véritable zapping managérial, au gré des aléas du marché ou des crises de X ou Y. Cela n’empêche pas de rencontrer des cadres (c’est surtout vrai à leur niveau) toujours aussi fortement investis dans l’idée du moment et capables de vous en parler avec une conviction qui ne peut qu’étonner.

On retrouve là quelque chose de l’expérience limite décrite par Weber. Chez certains salariés on a bien l’impression de l’oubli temporaire de pans entiers de ce qui est censé faire la performance de l’entreprise. Chez d’autres c’est plutôt le sentiment de « platitude » qui est dominant et une certaine résignation devant une activité à laquelle il est de plus en plus difficile de donner un sens stable.

Mais il n’en reste pas moins que, même dans ces situations tendues, les individus arrivent à dire quelque chose de ces contradictions et que le refoulement n’est jamais aussi complet que Weber ne voudrait nous le faire croire. Par ailleurs, même lorsque que l’on interroge les salariés sur leur lieu de travail, leur discours évoque la vie hors-travail : le travail et ses incohérences est mis en perspective avec la vie dans son ensemble et les autres investissements qu’elle propose. Même lorsque les contradictions sont vives il subsiste donc un travail du sujet [11] qui tente de faire advenir des cohérences partielles dans son existence.

C’est là que le point de vue de Simmel acquiert un intérêt tout particulier.

 Simmel et l’individu multi-appartenant

L’émergence de l’individu moderne est, d’un certain point de vue, un retour en arrière pour Max Weber : il s’agit d’un retour à une sorte de polythéisme éternel qui a connu une courte éclipse en occident suite au succès économique du puritanisme. Certes, dira-t-il, le monde moderne est un monde désenchanté, en cela il est spécifique, mais pour le reste on connaît la célèbre formule : « La multitude des dieux antiques sortent de leurs tombes, sous la forme de puissances impersonnelles parce que désenchantées et ils s’efforcent à nouveau de faire retomber notre vie en leur pouvoir tout en reprenant leurs luttes éternelles » [12]. Pour Weber, les clivages qui traversent l’individu relèvent de « luttes éternelles ».

Pour Simmel, en revanche, la diversité interne de l’individu moderne est quelque chose de neuf. Elle est permise, déjà, parce que l’individu appartient désormais à des cercles sociaux de plus vaste échelle et qui le contrôlent de moins près. L’individu peut, de la sorte, développer une spécificité individuelle : il peut se différencier des autres. Mais cette différence inter-individuelle se double d’une différence intra-individuelle du fait que les cercles auxquels l’individu appartient se multiplient :

« Un individu peut appartenir en même temps à deux milieux qui ont des intérêts opposés (…). Il sera au point de contact de deux groupes, qui d’ordinaire sont opposés l’un à l’autre. (…) On voit les conflits profonds et les oscillations, mais aussi l’expansion et l’enrichissement de la vie, qui, pour l’individu, résultent de ces complications sociologiques. (… Il faut mesurer) l’importance immense du processus qui, à travers des cercles relativement primaires existants, forme de nouveaux groupements d’après des points de vue essentiels et rationnels. (…) La création de nouveaux cercles qui coupent ceux qui existent déjà provoque de nouvelles associations, et elles sont dangereuses pour les défenseurs de ce qui existe à deux points de vue : d’abord, parce que la réunion d’éléments jusque-là séparés crée une puissance nouvelle qui (…) fait concurrence aux puissances existantes (…). En second lieu, il y a ce fait plus menaçant encore que la création continuelle de nouveaux cercles, renfermant les membres de groupes existants dans des combinaisons variées, rend les individus toujours plus indépendants, leur donne un sentiment toujours croissant de leur individualité en les délivrant de la contrainte de l’association ancienne  » [13].

Là où, à propos des différents cercles sociaux auxquels participe un individu, Weber durcit une expérience limite, Simmel préfère une présentation dialectique qui donne une double face à l’expérience de l’homme moderne. Le vécu de la diversité renvoie d’un côté à des « conflits profonds  » et à des « oscillations  » et de l’autre à une « expansion  » et à un « enrichissement de la vie ».

La différenciation interne des individus, loin de les détruire ou de les contraindre au refoulement, comme chez Weber, les construit, au contraire : elle leur donne un « sentiment toujours croissant de leur individualité » et elle les « rend toujours plus indépendants  ». Pour Simmel l’individu n’existe pas malgré la diversité des cercles sociaux qu’il traverse mais grâce à cette diversité. De ce point de vue la différenciation sociale croissante des sociétés modernes est ce qui fait, pour lui, réellement exister l’individu. Simmel, lui non plus, ne déroge pas au point de vue sociologique général : l’individu se construit au travers d’intersubjectivités multiples mais c’est cette multiplicité qui lui donne son unicité. L’individu se trouve être unique dans la combinaison de cercles d’appartenances qu’il réalise.

Là où Weber voyait dans la rationalisation un processus social qui échappait à l’individu, Simmel y voit une opération individuelle d’arbitrage entre des possibles multiples. C’est parce qu’il est sans cesse convoqué par des sollicitations incohérentes que l’homme des métropoles use de son intellect pour faire un tout de son expérience divisée.

« Les couches les plus élevées de notre psyché, transparentes et conscientes, sont le siège de l’intelligence qui, de nos forces internes, est la plus capable d’adaptation. (…) Ainsi le citadin type, qui est naturellement le jouet de mille modifications individuelles, se crée un organe protecteur contre le déracinement dont le menacent les courants divergents de son milieu externe : plutôt qu’avec le cœur il y réagit essentiellement avec l’intellect  » [14].

Simmel situe bien le risque des « courants divergents » qui convoquent l’homme des métropoles mais il crédite l’intelligence d’un pouvoir d’adaptation qui lutte contre la tendance au « déracinement  », à la perte d’appartenance de l’homme moderne [15].

Maintenant, pour situer la valeur heuristique du point de vue de Simmel, il nous paraît tout à fait décisif de considérer que les « conflits profonds  » et les « oscillations  » sont la même chose que « l’expansion  » et « l’enrichissement de la vie ». La vie moderne est ainsi faite qu’elle ne s’enrichit que moyennant des conflits profonds et des oscillations. Y a-t-il là une différence qualitative fondamentale avec l’individu « pré-moderne » ? La question est probablement indécidable. Mais l’essentiel est ailleurs : à savoir que ces conflits et ces oscillations sont quantitativement plus importants aujourd’hui qu’hier et, au reste, plus importants aujourd’hui qu’au début du XXe siècle, à l’époque où Simmel écrivait, dans la mesure où la diversité des cercles d’appartenance a continué à croître.

 Le potentiel de vie des tensions intérieures

L’individu moderne est donc un être fondamentalement oscillant. L’individu moderne pris un moment donné dans un cercle, loin d’oublier ses autres cercles d’appartenance, mesure son investissement à l’aune des investissements qu’il peut connaître ailleurs. Il est toujours ici et ailleurs en même temps : en train d’osciller entre ici et ailleurs. Son intériorité est un champ de bataille, mais c’est dans ce champ de bataille qu’il conquiert une forme d’indépendance. Il y a une inquiétude fondamentale (une in-quiétude, un non-repos) au cœur de l’individualité moderne, une inquiétude qui est la subjectivité. On rejoint, à ce propos, l’aphorisme de Canguilhem : « La subjectivité, c’est alors uniquement l’insatisfaction. Mais c’est peut-être là la vie elle-même » [16]. L’individu devient sujet en ce qu’il est insatisfait des tensions qu’il traverse au gré de ses différents cercles d’appartenance. Il essaye alors de devenir « sujet de ses normes  » [17] dans un travail qui le laisse perpétuellement in-satisfait mais qui est « la vie elle-même ».

Cette vision de la subjectivité qui se construit dans la conflictualité construit un espace de dialogue avec certaines écoles de psychologie sociale et notamment avec les travaux sur la personnalisation de Philippe Malrieu. Partant d’outils conceptuels assez différents de ceux que nous avons maniés jusqu’ici, il arrive à des formulations très proches des nôtres. « Une vie, dit-il par exemple, se passe en dialogues multiples, qui instaurent une pluralité de moi dans le sujet face aux problèmes multiples que lui pose la société  » [18].

Mais ces dialogues, sources assurément de tensions, sont également ce qui peut encourager le sujet à opérer des remises en question radicales. C’est là que surgissent les moments de personnalisation, lorsque le sujet s’interroge « sur le sens de ses conduites  » [19]. A la base de cette interrogation se trouvent des situations critiques, des moments de questionnement « complexes et dramatiques » où le sujet « perçoit les contradictions qui se manifestent entre ses engagements  » [20]. Les tensions au lieu de disséminer le sujet, au lieu de le faire fuire dans l’occultation de ses conflits intérieurs, le conduisent, au contraire, à « entamer des dialogues entre les moi qu’il a constitués dans les engagements multiples auxquels il s’est livré  » [21].

La divergence des systèmes de valeur ne produit pas ici une platitude mais, au contraire, un questionnement radical : le constat que « ça ne peut plus aller comme ça » [22]. Le sujet lutte contre la dispersion des différents enjeux pratiques « en les référant à un projet qui les surplombe, qui tente de les faire converger dans un système de valeurs qui en assure l’intersignification  » [23]. Philippe Malrieu rend compte ici de moments de crise plutôt sporadiques dans une vie. Il est plus, lui aussi, dans l’esquisse d’une expérience limite. Mais c’est une expérience où les tensions et contradictions débouchent sur une ressaisie de sa vie par le sujet.

Dans un registre plus quotidien on trouvera aussi de quoi nourrir nos réflexions dans la psychologie du travail de Yves Clot.

« Le sujet, écrit-il ainsi, n’existe qu’en découvrant les valeurs des formes de vie qui le divisent, qu’en éprouvant leurs possibilités et leurs contradictions, qu’en agissant pour surmonter celles-ci dans une activité de subjectivation d’où la société ne sort jamais identique à elle-même. Le sujet existe si et seulement si, en quelque façon, existe le pouvoir de l’individu de se déprendre de ce que ses activités sociales représentent pour lui et pour l’ensemble de ceux auxquels il s’identifie. Dans cette perspective, la subjectivité est un travail du sujet pour se mettre à distance de l’une de ses formes de vie sociale lorsqu’il est situé dans l’autre au prix de payer ses identifications successives du sacrifice d’autres possibilités. Pour être abandonnées, ces possibilités ne sont d’ailleurs pas abolies pour autant et continuent d’agir  » [24].

Yves Clot a abondamment démontré, au travers de travaux empiriques, la valeur heuristique de ce point de vue. L’activité de travail se déroule toujours sur l’arrière-fond de toutes les activités empêchées. Yves Clot rapporte ainsi l’anecdote de ce conducteur de train de banlieue obligé pendant toute sa journée de travail de freiner sa conduite à cause d’une saturation du réseau et de signaux oranges. Arrive le dernier voyage où tous les signaux sont soudain au vert, ce qui provoque, au terminus, ce commentaire du conducteur : « je m’en referai bien un autre comme ça  ». Toute sa journée a été sous-tendue par cette conduite libre empêchée par la saturation du réseau [25].

Ce dialogue entre des activités possibles ou empêchées qui se concurrencent l’une l’autre est ce qui construit l’autonomie. « L’être le plus autonome est divisé, à distance de lui-même  » [26]. On retrouve ici quelque chose de très proche de ce que François Dubet nomme le travail de subjectivation.

 Les liens à distance et la distance à soi

L’individu clivé et donc à distance de lui-même nous semble être une figure particulièrement heuristique dans la mesure où le rapport social à la distance est une des dimensions qui a le plus évolué depuis, disons, une cinquantaine d’années. Si l’on poursuit l’idée qui veut que l’individu se construise au travers de ses relations intersubjectives, il est clair que le fait d’avoir des relations avec des personnes de plus en plus distantes (dans un sens qu’il faudra préciser) conduit l’individu à élaborer des moi de plus en plus distants les uns des autres et donc à se construire comme de plus en plus à distance de lui-même. Depuis l’époque de Simmel la taille des cercles d’appartenance a cru énormément, dans le sens où les personnes qui sont susceptibles d’interagir avec nous (que nous le souhaitions ou non) se situent dans des zones géographiques de plus en plus vastes. Cet effet de taille a eu, ensuite, un effet quasiment mécanique sur le nombre de cercles qui, potentiellement, nous concernent et qui a cru lui aussi.

Donnons quelques exemples pour souligner que la question de la distance sociale (et donc, par ricochet, de la distance à soi) a été profondément remaniée du fait des appareillages socialement de plus en plus disponibles pour franchir la distance géographique à faible coût.

Rappelons, par exemple qu’en 1925 la moitié des kilomètres parcourus en France étaient accomplis par des moyens de transport non motorisés. A l’époque chaque personne (tous âges confondus) parcourait en moyenne 6 km par jour. En 1950 la situation n’avait pas beaucoup évolué. Chaque personne parcourait en moyenne 8 km par jour (40 % à pied ou à bicyclette, 30 % en transport en commun et 30 % en voiture individuelle). A partir de cette date là les chiffres ont, par contre, évolué très rapidement, pour s’élever à 22 km en 1970 et à 42 km en 1995 [27]. La diffusion de la voiture individuelle est, naturellement, le facteur décisif de cette évolution.

Les différents lieux de vie de l’individu se sont donc notablement distanciés les uns des autres depuis 50 ans. Cela a été accentué par le développement du salariat féminin qui a fait sortir les femmes du domicile (même les femmes qui avaient une activité professionnelle l’exerçaient souvent à leur domicile auparavant). La vie au travail s’est nettement différenciée de la vie hors-travail. Et les lieux de la vie hors-travail se sont eux aussi différenciés entre consommation, école, loisirs, etc. Quant à la vie au travail, les emplois accessibles se définissent sur une zone plus large mais, du coup, et par ricochet, le nombre de concurrents potentiels pour un même emploi a cru.

Mais même l’individu qui ne se déplace pas, voit venir vers lui des pratiques sociales auparavant coupées de lui par la distance géographique. Les cuisines et les musiques venues de loin envahissent son quotidien pendant que son écran de télévision le bombarde d’images lointaines. Le lointain est devenu proche sans qu’il soit besoin de faire un effort particulier. Si nous ne nous transportons pas ce sont les autres qui se transportent.

La mondialisation de l’économie nous rend dépendants, pendant ce temps, de ce qui se passe dans d’autres pays. Et cette mondialisation a des effets concrets jusque dans la moindre entreprise dont les fournisseurs et les clients se situent de plus en plus loin dans l’espace. Pour beaucoup de salariés le développement de la logistique et des outils informatiques d’interfaçage obligent, également, à prendre en compte des collègues éloignés.

Tout cela nous constitue comme à la fois plus dépendants de personnes dont nous étions éloignées autrefois et plus indépendants de personnes dont nous étions proches. Les définitions du proche et du lointain ont été, de la sorte, bouleversées.

Tout cela donne-t-il une actualité particulière aux considérations de Max Weber sur l’émiettement de la vie quotidienne ? Oui, dans certains cas, nous en avons donné, ci-dessus, deux exemples. Mais la difficulté qui semble la plus répandue est celle, pour l’individu, de peiner à construire en lui-même une distance qui lui permette de situer ces interactions lointaines à leur juste place. Le sentiment d’une menace lointaine susceptible de devenir proche rapidement s’est largement diffusé ces dernières années. On assiste en direct à la diffusion de virus plus ou moins foudroyants (Ebola, SRAS, Grippe aviaire) qui seront peut-être demain à nos portes. Les centrales nucléaires à l’autre bout de l’Europe peuvent nous contaminer. Des reportages télévisés sur l’insécurité suscitent la crainte jusque dans des lieux où « il ne se passe rien ». Il est clair qu’une partie, au moins, des individus contemporains ne parvient pas à se différencier de ces millions d’autres provisoirement lointains mais qu’un coup d’avion imaginaire transforme en terroristes en puissance ou en concurrents sur le marché du travail.

Il semble donc que l’on soit dans une situation inverse de la situation décrite par Weber, mais non moins problématique : bien loin que l’individu oublie, à chaque instant, les autres situations pratiques qu’il a connues ou qu’il pourrait connaître, il semble, dans certains cas, incapable d’oublier des réalités distantes mais qui l’obsèdent.

Les symptômes d’une telle fragilité sont nombreux. Pour prendre un exemple qui se limite au vécu du travail, 2/3 des salariés déclarent qu’une erreur dans leur travail pourrait avoir des conséquences graves (pour eux, pour l’entreprise ou pour le client) [28]. Ce chiffre, en augmentation (entre 1991 et 1998), mais relativement homogène d’une catégorie sociale à l’autre, indique, bel et bien, une sensation de mise en danger plus ou moins permanente dans le rapport au travail. Les enquêtes sur la santé mentale mettent également en évidence qu’un nombre élevé de personnes se sentent « nerveux ou tendus » ou qu’ils ont des « soucis qui les empêchent de dormir » [29].

Dans cette situation la voie signalée par Simmel, faite d’oscillations et de déchirements, ouvre une possibilité qui mérite plus que jamais d’être explorée. La capacité d’orchestrer les différents lieux et liens sociaux qui nous concernent, en éprouvant leurs différences et leurs tensions, apparaît comme une ressource sociale majeure.

Or ce travail d’orchestration et de mise à distance est, lui aussi, observable. Il est, au reste, frappant de voir qu’alors que beaucoup d’individus peinent à donner une place à des acteurs lointains abstraits et inconnus, ils parviennent tout à fait à construire des orchestrations complexes en eux-mêmes par rapport à des personnes avec qui ils ont un contact même minime (écrit ou téléphonique). Les enquêtes sur l’usage des NTIC montrent, en effet, que ces outils sont utilisés tout à la fois pour maintenir des liens et pour les hiérarchiser à un moment donné. De nombreux interlocuteurs sont potentiellement présents à un moment donné, via les NTIC, mais l’individu ne leur accorde pas à tous le même degré de présence.

La co-présence physique coexiste ainsi avec la téléprésence simultanée d’autres interlocuteurs [30]. Cette téléprésence peut engager simplement l’écrit, elle peut engager, également, la voix ou l’image. Chaque mode débouche sur des interactions de type différent. Un moment donné la présence en face à face représente l’interaction principale à laquelle on peut accorder une importance plus ou moins exclusive (en coupant le téléphone ou en fermant sa porte). L’individu module les intrusions des téléprésents au sein de ses co-présences du moment. Il définit des plages de temps où son portable reste ouvert. Il choisit de rejoindre un « chat » sur Internet ou une salle de téléconférence. Il peut, ou non, se préoccuper de questions professionnelles à son domicile et vice versa. Son degré d’ouverture aux autres interactions varie au fil de sa journée. La distance physique se module donc à travers l’ouverture de canaux qui mobilisent un nombre de sens variable.

Il est, naturellement, possible de penser à une interaction passée ou future pendant qu’une autre interaction sociale se déroule. Il est, de toute manière, possible de jouer sur le temps en mixant les interactions synchrones et les interactions asynchrones (comme le répondeur, le SMS ou le e-mail). Il est frappant de constater que les individus parlent naturellement de ces constructions hautement élaborées qui tout à la fois leur permettent de rester en lien avec des personnes distantes et de rester à distance de personnes avec qui ils sont liés. La possibilité de se rendre indisponible est naturellement inégalement répartie surtout lorsqu’il s’agit des sollicitations professionnelles. Francis Jauréguiberry [31] a ainsi opposé, à propos de l’usage du téléphone portable dans le travail, les riches qui peuvent choisir de « couper » et les pauvres qui sont obligés de rester joignables en permanence.

Le cas de personnes qui utilisent des outils de communication à distance dans le cadre de leur travail est, au reste, particulièrement intéressant, car il nous fournit un contrepoint au cas, ci-dessus évoqué, des salariés qui reçoivent, également dans le cadre de leur travail, des injonctions aussi diverses que versatiles qu’ils ne parviennent pas à faire « tenir ensemble ». Les salariés qui reçoivent ces injonctions les récupèrent parfois via des outils de télécommunication : des systèmes logistiques interconnectés, des bases de données consolidées au niveau international et qui conduisent à des choix stratégiques imprévisibles, des centres d’appel téléphoniques qui font remonter des réclamations. Mais derrière ces outils de télécommunication se trouvent des acteurs avec lesquels ils n’ont pas la possibilité de négocier quoi que ce soit. En revanche dès que les outils de télécommunication se doublent de liens sociaux concrets avec des personnes qui entament des bribes (au moins) de dialogue, la situation est tout autre. Les travailleurs mobiles, et liés à leur base par des outils de télécommunication divers, qu’a étudiés Leslie Belton [32] parviennent toujours à élaborer des négociations, même à la marge, qui leur permettent de construire une place en eux-mêmes aux différents interlocuteurs qui les concernent dans leur travail. Ils parviennent à glisser des actes de la vie hors-travail dans les interstices de leur vie de travail sans perturber l’organisation de leur journée. Ils savent manier l’ouverture et la fermeture de leur disponibilité même lorsqu’ils sont censés laisser leurs outils de communication ouverts en permanence.

Lorsque l’individu parvient à se ressaisir des acteurs lointains qui le concernent potentiellement il constitue des sortes de cartes virtuelles qui situent leurs interlocuteurs plus ou moins loin. Ces cartes varient en fonction de la journée et des jours de la semaine. On peut se limiter à une interaction brève (« je te rappelle ») et renvoyer une rencontre plus approfondie à plus tard. Ces cartes ne sont exemptes ni d’oscillations ni de déchirements. Elles peuvent solliciter l’individu aux extrêmes de ses possibilités et générer un sentiment de trop plein de sollicitations mais elles n’en restent pas moins des ressources majeures pour soutenir la structuration de l’individu.

 Conclusion

On voit ainsi que les recompositions récentes du proche et du loin lancent un nouveau défi à l’individu. Celui-ci tente de se construire des moi multiples qu’il fait passer à l’arrière-plan ou au premier plan suivant le moment. Cela donne assurément des individus plus oscillants qu’à l’époque de Simmel. Dans ce contexte, la possibilité de contradictions non assumées et occultées existe. L’homme oscillant et déchiré peut devenir un homme fragile. Il peut également devenir un homme fragile par incapacité à orchestrer les différents plans et les différents moments de sa vie.

L’élément décisif qui partage les cas d’orchestration réussie et les cas d’orchestration impossible, est, il faut le souligner pour conclure, plus la distance sociale que la distance physique. C’est lorsque la distance physique se double ou construit une distance sociale, lorsqu’aucun lien ne peut se nouer avec le distant qui est susceptible d’agir sur lui, que l’individu ne parvient pas à situer l’autre en lui-même. L’échec est alors aussi obsédant que déstructurant. La dépendance de l’individu à l’égard de cercles de plus en plus nombreux et lointains n’apparaît, en effet, problématique que lorsque l’individu se trouve démuni face à des liens qu’il subit sans pouvoir négocier même partiellement avec eux. Les jeunes en galère se trouvent rejetés par une société proche géographiquement mais loin socialement, ce qui les conduit à traverser les cercles sociaux qu’ils rencontrent sans pouvoir y construire quoi que ce soit. Les salariés qui, dans l’entreprise, se trouvent face à des demandes multiples et versatiles vivent une dispersion subjective dans la mesure où ils n’ont pas la possibilité de négocier des demandes aussi pressantes qu’imprévues. En revanche dès qu’ils sont en position de construire leur disponibilité et de la négocier même à la marge, comme on l’a vu dans le cas des travailleurs mobiles, ils parviennent à construire des formes d’individualités complexes et orchestrées qui leur permettent de vivre des interfaces multiples et enchevêtrées sans difficulté. La sensation de danger liée à l’interdépendance mondiale des économies, des conflits armés ou des épidémies, est accentuée par la couverture télévisuelle qui installe l’individu dans la réception passive de ces dangers sur lesquels il n’a aucune prise à titre personnel. Il peut alors les vivre comme l’intrusion d’autres, difficiles à situer par rapport à lui-même, et qui deviennent, de la sorte, omniprésents et obsédants.

En revanche lorsque l’individu noue des contacts aussi nombreux que divers sur des horizons pratiquement sans limite il devient sans doute, plus oscillant. Il peut même éprouver, en lui-même, des conflits de valeur et des déchirements, mais ces conflits semblent contribuer davantage à son enrichissement et à son expansion. L’individu contemporain à distance de lui-même est, dans ce cas là, un être qui n’éprouve pas la platitude de la vie quotidienne, comme le pensait Weber, mais qui saisit la richesse des possibles qui s’offrent à lui. Ainsi vont les détresses et les promesses de la vie moderne.

 Bibliographie

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● Weber Max, « Les sectes protestantes et l’esprit du capitalisme », texte de 1906, publié en français à la fin de L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, 1964.

Notes

[1] F. Dubet, Sociologie de l’expérience, Seuil, 1994 ; Lahire Bernard, L’homme pluriel, Les ressorts de l’action, Nathan, 1998 ; Elster John, ed., The Multiple Self , Cambridge University Press, 1986.

[2] M. Weber, « Confucianisme et puritanisme », trad. franç. in Sociologie des religions, Gallimard, 1996, pp. 390-391. Il s’agit de la conclusion du livre de L’Ethique économique des religions universelles qui concerne les religions de la Chine. Le texte a connu trois versions, en 1913, 1915 et 1920 qui ne comportent que peu de variantes.

[3] M. Weber, « Les sectes protestantes et l’esprit du capitalisme », texte de 1906, publié en français à la fin de L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon, 1964.

[4] M. Weber, « Considération intermédiaire : Théorie des degrés et des orientations du refus religieux du monde », texte de 1915 et 1920 publié dans L’éthique économique des religions universelles, trad. franç. in Sociologie des religions, op. cit.

[5] M. Weber, ’Essai sur le sens de la neutralité axiologique dans les sciences sociologiques et économiques’, trad. franç. in Essais sur la théorie de la science, Paris, Plon, 1965, pp. 427-428. Cet essai est, lui-même, une amplification d’un texte de 1913.

[6] Elias n’en est pas, cela dit, resté à une vision totalement convergente des processus de socialisation. Mais cette divergence n’atteint pas, chez lui, l’unité de l’individu.

[7] F. Dubet, Sociologie de l’expérience, op. cit., p. 183. Cela fait naturellement référence à son ouvrage antérieur, La Galère : jeunes en survie, Fayard, 1987.

[8] Id., p. 187.

[9] Id., p. 188.

[10] Cf. F. de Coninck, ’Les dispositifs de gestion au fil du temps’, in V. Boussard et S. Maugeri, dir., Du Politique dans les organisations, Sociologies des dispositifs de gestion, L’Harmattan, 2003.

[11] Nous avons, pour notre part, employé indifféremment les mots « sujet » et « individu » tout en sachant que dans certains systèmes conceptuels ce ne sont nullement des équivalents. Dans la mesure du possible nous avons, néanmoins, respecté le vocabulaire des auteurs que nous citons.

[12] M. Weber, « Le métier et la vocation de savant », conférence de 1919, trad. franc. In Le savant et le politique, Plon, 1959, p. 85 de l’édition de poche 10/18.

[13] G. Simmel, « La différenciation sociale », trad. franç., in Sociologie et épistémologie, PUF, 1981, pp. 220-222, texte de 1894.

[14] G. Simmel, ’Métropoles et mentalité’, trad. franç. in Yves Grafmeyer et Isaac Joseph, L’Ecole de Chicago, Naissance de l’écologie urbaine, 2e ed., Paris, Aubier, 1984, pp. 62-63 de l’édition de poche Champs Flammarion, texte de 1903.

[15] Nous avons mis l’accent dans ce papier sur la dynamique de ces courants divergents. Simmel signalait quand même un cas limite où cette dynamique s’épuise : celui du citadin « blasé » à force d’être l’objet de trop de sollicitations diverses. Ibid, pp. 66-67. Cette figure, si elle est mentionnée, est, il faut le noter, assez peu souvent mobilisée par Simmel à propos d’exemples concrets.

[16] G. Canguilhem, « Le concept et la vie », conférence de 1966, reproduite dans Canguilhem Georges, Etudes d’histoire et de philosophie des sciences concernant les vivants et la vie, Vrin, 2002, p. 364.

[17] G. Canguilhem, « Milieu et normes de l’Homme au Travail », Cahiers Internationaux de Sociologie, 1947, p.135.

[18] P. Malrieu, La construction du sens dans les dires autobiographiques, Eres, 2003, p. 265.

[19] Id., p. 9.

[20] Id., p. 59.

[21] Id., p. 60.

[22] Id., p. 59.

[23] Id., p. 60.

[24] Y. Clot, « Passer à l’action ?, Remarques sur la psychologie des sociologues », Futur Antérieur, 1993, n° 5-6).

[25] On se reportera, pour plus ample informé, aux riches considérations sur les conducteurs de train qui figurent dans Y. Clot, La Fonction psychologique du travail, PUF, 1999.

[26] Y. Clot, « Le travail comme source d’étonnement », Futur Antérieur, 1993, n° 2

[27] Cf. Grubler Arnufl, Technology and global change, Cambridge University Press, 1998. Les chiffres de 1925 sont des estimations par recoupement.

[28] C. Rougerie et L. Vinck, Efforts, risques et charge mentale au travail, Résultats des enquêtes Conditions de travail de 1984, 1991, 1998, Dossier de la DARES, 2000, p. 115.

[29] Nous renvoyons pour plus de développement à notre chapitre : « Homme flexible, homme fragile » in F. de Coninck, L’homme flexible et ses appartenances, L’Harmattan, 2001.

[30] Cf. F. Bailly, M. Blanc, T. Dezalay, C. Peyrard, « Dynamique de l’interconnaissance et de la confiance dans la construction des liens professionnels », in J-P. Durand et Linhart, coord., Les ressorts de la mobilisation au travail, Octarès, 2005.

[31] F. Jauréguiberry, Les branchés du portable, PUF, 2003.

[32] L. Belton, L’organisation spatiotemporelle des travailleurs mobiles. La place centrale de la disponibilité. Rôle et impacts des Technologies de l’Information et de la Communication, Université de Marne-la-Vallée, Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, Mémoire de Master Recherche, 2005.

Pour citer l'article


De Coninck Frédéric, « A distance de soi-même. L’individu clivé vu par Max Weber et par Georg Simmel et son intérêt heuristique actuel », dans revue ¿ Interrogations ?, N°2. La construction de l’individualité, juin 2006 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/A-distance-de-soi-meme-L-individu (Consulté le 28 septembre 2016).



ISSN électronique : 1778-3747

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