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Vassort Patrick

Les Appareils Stratégiques Capitalistes (ASC) contre les Appareils Idéologiques d’État (AIE)

 




 Résumé

La notion althussérienne d’appareils idéologiques d’État (AIE) est, aujourd’hui, devenue obsolète pour faire place à ce que je nomme ici les appareils stratégiques capitalistes (ASC). Cette transmutation théorique et de la réalité politique est liée, par la forme dialectique, au mouvement de globalisation, de productivité par l’accroissement de la vitesse de toute forme de production, et de la spectacularisation du monde. Les ASC modifient, par leur impact idéologique, le rapport au monde vécu ainsi que la réalité quotidienne politique. Ils représentent le nouvel outil de domination capitaliste.

Mots clefs : appareils idéologiques d’État, appareils stratégiques capitalistes, spectacle, vitesse, capitalisme.

 Summary

Althusser’s notion of Ideological State Apparatuses (ISA) has now become outdated and given way to what I shall here name “strategic capitalistic apparatuses” (SCA). That transmutation, both theoretical and of the political reality is dialectically linked to the movement of globalization, of productivity by increasing the speed of any form of production, and of the spectacularization of the world. By their ideological impact, the “ASCs” modify the relation to the world as experienced as well as the everyday political reality. They represent the new capitalistic domination tool.

Keywords : Ideological State Apparatuses, strategic capitalistic apparatuses, spectacle, speed, capitalism.

 Introduction

Le débat sur la disparition des idéologies est devenu central dans ce que l’on nomme désormais les nouveaux modes de « gouvernance ». Ces derniers seraient le résultat de situations objectives et quasi naturelles liées à des interrelations devenues elles-mêmes objectives. Le désir de productivité et de croissance économique, qui seraient la réponse au mal-être et à toutes les formes de pauvreté, devraient trouver une réponse dans l’accélération technoscientifique dont les conséquences bienfaisantes seraient techniques, sociales, culturelles, politiques, économiques. Cette accélération participe, et parfois nécessite, la modification des institutions dominantes de formation idéologique. C’est ainsi que les appareils nommés classiquement idéologiques ont, sans doute, subi des transformations sociales et politiques, la vitesse et l’accélération devenant les outils centraux de la formation des individus dans toutes les formes de compétitions mondialisées qui apparaissent rarement pour des stigmates de l’idéologie.

Au travers de cette hypothèse, les classiques appareils idéologiques d’État althussériens ne sont pas, ou ne sont plus, ce qu’ils semblaient être. Leur transformation en appareils de formation mondialisés pour la « mise en conformité » des populations mondiales préconisent la perte de la complexité, de l’altérité et écrasent les différentiations culturelles et historiques. Ils mettent entre parenthèses l’humanité de l’homme dans toute sa diversité universelle pendant que celui-ci devient l’appendice du développement accéléré des techno-sciences au service de la productivité capitalistique.

 Mouvement idéologique et A.I.E

Les dernières décennies ont été l’occasion de nombreuses réflexions sur l’accélération du temps qui modifie, comme le notait Jean Fourastié [1], le rapport de production mais, également, l’observation, le questionnement et l’analyse potentiellement réalisable des phénomènes. En 1963, Fourastié écrivait que «  le progrès c’est donc l’accroissement de la vitesse avec laquelle l’homme domine les difficultés. Cette vitesse de l’action humaine peut s’exprimer par un mot commode : c’est la productivité ou le rendement.  » [2] Si l’idée de progression contient celle de domination, elle contient celle de vitesse également. En ce sens, et Fourastié ne l’a pas analysé, la vitesse est plus qu’un rapport de productivité puisqu’elle est également un rapport dialectique de modification des formes institutionnelles de domination. Ce qui signifie que les institutions sont à leur tour altérées par les formes altérées de domination. Paul Virilio remarque que «  la vitesse traite la vision comme matière première ; avec l’accélération, voyager c’est comme filmer, produire moins des images que des traces mnémoniques nouvelles, invraisemblables, surnaturelles. Dans un tel contexte, la mort elle-même ne peut plus être ressentie comme mortelle, elle devient […] un simple accident technique.  » [3]. Mais bien davantage que la mort, c’est la vie elle-même qui devient l’accident technique, ce qui démontrerait combien la dialectique vie/mort est prise dans les rets de la réification. En effet, la vitesse de production du voyage, des traces mnémoniques, mais également des biens et services et l’accélération pour l’instant non finie de cette production, participent du non-sens de la vie et donc de la mort, par la disparition du sens de la production et de la consommation, par l’incapacité de transcender ce qui disparaît à peine est-il existant. C’est aussi pour ces raisons que les altérations idéologiques, politiques, philosophiques, historiques modernes sont analysées par le courant postmoderniste comme la preuve de la disparition soit des idéologies, soit de l’homme [4]. Pourtant nous pourrions imaginer que c’est le cadre idéologique dominant, mouvant, altéré par lui-même et ses propres conséquences, dans une forme dialectique, qui propose ― car il est ― l’accélération du temps, la productivité et le rendement.Ainsi, au niveau économique, cette altération de l’humain de plus en plus rapide, pour une productivité croissante, c’est au travers des concepts tels l’employabilité et la professionnalité que nous la trouvons, au travers de la médiatisation de l’instrumentalisation de l’homme au travail. Les thèses sur la société du spectacle de Guy Debord [5], mais également celles d’Horkheimer et Adorno sur la massification culturelle, voire celles d’Hannah Arendt sur la crise de la culture et de l’éducation, rappellent partiellement, avec des postures opposées, la philosophie aristotélicienne qui perçoit dans un monde fini, visible, la forme aboutie de la perfection, et qui ne heurte jamais l’évidence, et n’imagine pas l’être dans ses parties oubliées, cachées, scotomisées. Car là où la philosophie aristotélicienne perçoit dans la finitude et l’évidence une perfection, Debord, Horkheimer, Adorno et Arendt, même si cette dernière n’utilise pas ce vocable, y perçoivent l’aliénation. Ainsi quand Debord écrit que «  le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante  » [6] ou que «  le spectacle est l’idéologie par excellence, parce qu’il expose et manifeste dans sa plénitude l’essence de tout système idéologique : l’appauvrissement, l’asservissement et la négation de la vie réelle  » [7], il affirme que le réel ne peut être compris dans la superficialité de l’événement, dans la perception d’un acte finit. Or le spectacle ne donne pas à voir le complexe et le radical de la réalité mais sa simplification extrême et superficielle. Ce qui caractérise le spectacle est également sa forme éphémère car pour que l’idéologie du spectacle soit pérenne, le spectacle doit se reproduire sous des formes différentes toujours renouvelées. C’est pour cela que la forme du spectacle fragilisé par le temps s’altère et réapparaît toujours autre, bien que mettant en scène la même idéologie, qui est volonté de finitude des idées. Horkheimer et Adorno ne démontrent pas autre chose lorsqu’ils écrivent que «  la culture est une marchandise paradoxale. Elle est si totalement soumise à la loi de l’échange qu’elle n’est même plus échangée ; elle se fond si aveuglément dans la consommation qu’elle n’est plus consommable. C’est pourquoi elle se fond avec la publicité […] qui sert de refuge à ceux qui organisent le système et le contrôlent.  » [8] Car, et c’est ici une formidable intuition, la consommation des biens culturels n’a de sens que dans une production non-industrielle, c’est-à-dire qui ne saurait reposer sur la nécessaire éphémérisation de tout produit industriel. L’industrialisation des biens culturels repose alors sur deux vecteurs : vitesse de production et vitesse de lecture, de compréhension, d’appropriation de ces biens par les individus. Or l’accélération de la vitesse de production, de compréhension et d’appropriation des biens culturels repose également sur la nécessaire diminution de la complexité du sens de ce bien culturel. C’est à ce prix que le spectacle peut être le support de l’idéologie capitaliste. Arendt perçoit cela lorsqu’elle écrit que «  la crise de l’éducation en Amérique annonce d’une part la faillite des méthodes d’éducation et d’autre part pose un problème extrêmement difficile car cette crise a surgi au sein d’une société de masse et en réponse à ses exigences  » [9]. Il est ainsi possible de penser que la complexité de l’acte culturel ou éducatif ne peut se marier avec la superficialité demandée par une éducation de masse reposant sur les notions de vitesse, rendements et productivités, elles-mêmes liées aux désirs de nos édiles politiques et économiques d’améliorer « employabilité » et « professionnalité » de ces mêmes masses. Arendt rappelle d’ailleurs que «  la culture de masse apparaît quand la société de masse se saisit des objets culturels, et son danger est que le processus vital de la société (qui, comme tout processus biologique, attire insatiablement tout ce qui est accessible dans le cycle de son métabolisme) consommera littéralement les objets culturels, les engloutira et les détruira  » [10]. Ainsi le « spectacle culturel » [11] qui ne se consomme que dans la massification et la vitesse croissante, car tel est le credo du capitalisme pour la production et la reproduction du capital, détruit la culture sur les lieux de loisirs et d’éducation pour devenir spectacle d’une sous-culture.Parallèlement aux réflexions menées sur l’accélération du temps et de ses conséquences sociétales, les théories althussériennes des « appareils idéologiques d’État » et des « appareils répressifs d’État » [12] n’ont pas subi de révision théorique. Ainsi face à une société mouvante qui engendre, subit et développe du mouvement, qui modifie et restructure les appareils idéologiques et répressifs, les cibles de ces appareils, les manières de produire et reproduire la force de travail, l’appareil et le processus de production, les cibles et les moyens d’atteindre ces cibles, les appareils idéologiques d’État seraient conceptuellement comme des monolithes, identiques à eux-mêmes, toujours reproduits dans leur fond et sur leur forme. Pourtant, dans le processus de production de biens et de services, la vitesse et son accélération [13] sont au centre du projet capitaliste moderne et de ses institutions. Ils forment même, intrinsèquement, ce projet, dans le sens où cette vitesse est ce qui permet la productivité et le rendement, c’est-à-dire la raison d’être du capital. Ils forment donc, dans le même temps, l’idéologie. Si ce que dit Virilio est exact, la « production » de traces mnémoniques [14] différenciées de par l’accélération des productions, des déplacements, des voyages, des apprentissages est modifiée et modifie également les identités politiques, les sensibilités, les constructions sociales et intellectuelles, les rapports à autrui, aux pouvoirs, aux différentes formes de répression, aux idéologies et aux appareils qui portent ces dernières dans des institutions dynamiques de production ou de reproduction idéologique.Or, la théorie althussérienne des appareils idéologiques et répressifs d’État s’inscrit dans une logique qui est celle de l’État national en tant que lieu de la construction des idéologies. Marx n’imaginait d’ailleurs pas l’État autrement. Ainsi, pour lui, ce dernier changeait de forme passé les frontières et il ne se présentait pas identiquement en Suisse, en Angleterre ou aux États-Unis [15]. L’État est, et se détermine selon des conditions historiques. Mais il est également conditionné par le mouvement politique. Ainsi Marx écrit qu’«  aux moments où l’État prend particulièrement conscience de lui-même, la vie politique cherche à étouffer ses conditions primordiales, la société bourgeoise et ses éléments, pour s’ériger en vie générique véritable et absolue de l’homme. Mais elle ne peut atteindre ce but qu’en se mettant en contradiction violente avec ses propres conditions d’existence (…) » [16]. Ces contradictions violentes avec « ses propres conditions d’existence » renvoient également à l’acuité ou l’in acuité des appareils d’État, qu’ils soient idéologiques ou répressifs, et des États eux-mêmes dans la société capitaliste [17].

Les appareils idéologiques d’État (AIE) existent depuis que les États eux-mêmes existent. La prévalence de l’un ou de l’autre de ces appareils dépend, comme l’exprime Althusser, de la forme étatique (démocratie libérale, sociale-démocratie, autocratie, régime dictatorial ou militaire, fascisme, communisme, nazisme…), de son développement historique, de sa direction politique. Ainsi note-t-il que l’Église a été l’appareil idéologique d’État dominant avant que « l’appareil idéologique scolaire » ne soit à son tour «  mis en position dominante dans les formations capitalistes mûres, à l’issue d’une violente lutte de classe politique et idéologique contre l’ancien appareil idéologique d’État dominant  » [18]. Mais, désormais, la question se pose de la prévalence des AIE proposés par Althusser. Si nous regardons les appareils idéologiques religieux, scolaire (système public et privé), familial, juridique, politique (système politique auquel appartiennent par exemple les différents partis), syndical, culturel (Lettres, Beaux-arts, sport), de l’information, nous nous apercevons que certains de ces appareils sont en crise. Cette crise est-elle conjoncturelle ? Je ne le crois pas ― elle semble plutôt structurelle ― et ces appareils n’arrivent plus à exercer leur jeu fonctionnel, l’idéologie dominante ne se réalisant plus en leur sein, sauf à penser que ces appareils possèdent désormais une nature modifiée (cela peut-être le cas de l’appareil scolaire). En effet, si la philosophie postmoderniste a raison sur un sujet, c’est sans doute sur celui de la disparition (provisoire ?) des grands « destins » collectifs. La logique moderne répond aux formes dialectiques de l’économie capitaliste et s’est développée sur les projets politiques des droits de l’homme et du citoyen qui a, dans le même temps, consacré le droit d’entreprendre, la propriété, en valorisant le « travail » qui mène à celle-ci, la compétition, le rendement, la productivité. Mais, pour que soit respectée cette philosophie de l’individu entreprenant, il fallait que puisse s’ouvrir les frontières, c’est-à-dire que soit mis à mal, partiellement dans un premier temps et très relativement, le protectionnisme national, ce système créé par la bourgeoisie qui, désirant « maintenir la prépondérance des villes auxquelles elle était attachée, favorisait prioritairement la formation de centre rayonnant sur des territoires de moyenne dimension  » [19]. L’apparition concomitante de la Révolution industrielle et de la nécessité de créer des marchés provoque au sein des États-nations modernes l’émergence d’un conflit de classe de type « bourgeois-prolétaires » qui ne doit pas déboucher sur une contestation internationaliste prolétarienne et qui ne semble pouvoir être canalisée ou jugulée, que par les appareils idéologiques et répressifs d’État qui reposent sur l’idéal petit-bourgeois de l’entreprise. Les AIE ont pour première mission de construire, au travers de l’État-nation, une « identité » [20] commune susceptible d’asseoir un pouvoir et un gouvernement, une forme politique de domination donc de « gestion » des conflits, des luttes, des désaccords, et de faire du peuple une masse, c’est-à-dire, un ensemble d’individus déclassés et dont le délabrement culturel repose sur la disparition de la conscience de classe. Ils sont, dans ce rôle, parfois suppléés par les appareils répressifs. Au 19e siècle, de nombreuses casernes sont installées en Angleterre à côté des lieux de production qui permettront de réprimer les contestations. Le 19e et le 20e siècle vont voir émerger des appareils idéologiques liés à la structuration et au renforcement de l’existence nationale car la nation et son cadre idéologique sont une efficace protection pour les différentes bourgeoisies européennes. L’école, la famille, le travail, la Patrie (dans sa forme juridique, politique…) mettent en exergue les désirs de cette bourgeoisie qui se bâtie autour de la rivalité entre les bourgeoisies nationales européennes et le colonialisme et contre tous les prolétariats. Le meilleur analyseur de l’efficacité idéologique de ces appareils pourrait être la Première Guerre mondiale, guerre particulièrement patriotique, alors que « la République des Jules », qui a fait de l’école le centre de la formation idéologique et patriotique, touche à sa fin.La philosophie capitaliste et bourgeoise qui mène à l’internationalisation des moyens de production et à la nécessaire reproduction de ces moyens a donc fragilisé les appareils idéologiques et répressifs d’État tels qu’Althusser les a définis et modifié le rôle de ceux-ci. Ainsi lorsqu’il évoque la baisse d’influence idéologique de la religion en Occident, il évoque sans aucun doute les religions judéo-chrétiennes. Néanmoins, il ne serait pas lucide de penser que la religion musulmane ne joue pas ce rôle d’appareil idéologique aujourd’hui dans de nombreuses régions du monde, jusqu’en Occident, où celle-ci structure les discours politiques (débats sur l’insertion, la liberté individuelle et le port du voile, le respect de la République et de la laïcité…), les politiques (législation sur les signes ostentatoires dans les établissements scolaires et les lieux symboliques de la République laïque, droit à la scolarisation et à la pratique religieuse…), certains actes militaires ou répressifs (guerre en Irak, contrôles accrus des lieux publics, militarisation de ces espaces…).

Pourtant, voilà bien la difficulté, les appareils idéologiques d’État ont manifestement évolué, mais l’État lui-même apparaît-il toujours sous la même forme ? L’État-nation qui a servi de base théorique aux travaux d’Althusser est aujourd’hui malmené par la réalité économique ce qui rend plus complexe encore la notion d’État alors que s’internationalisent le pouvoir économique et la décision politique. Plus que jamais l’État devient inconscient [21] puisque, selon la belle formule de René Lourau, la politique imprime «  une courbure […] à nos perceptions, à nos sentiments, à nos réflexions, à nos rêves  » [22] et que l’apparence physique de l’État national, principalement dans ses appareillages idéologiques et répressifs, tend à disparaître. Cette courbure n’est pas seulement la marque de l’existence d’un mouvement mais, au travers de celui-ci, de son utilité, celle de la productivité, du tempo ou du rythme, de l’accélération en tant qu’expérience politique majeure de la modernité comme le propose Hartmut Rosa [23].

 Les appareils stratégiques capitalistes (ASC)

Les concepts de mondialisation et de globalisation se sont imposés, permettant de faire accepter « une fin de l’histoire », la fin des idéologies [24]. Cette sortie supposée du monde idéologique est sans doute ce qui peut paraître de plus idéologique [25]. Althusser avait eu cette intuition lorsqu’il notait que «  ce qui semble se passer ainsi en dehors de l’idéologie […] se passe en réalité dans l’idéologie. […] C’est pourquoi ceux qui sont dans l’idéologie se croient par définition en dehors de l’idéologie  » [26]. La disparition du capitalisme d’État et la victoire du capitalisme libéral aident à croire à la disparition des idéologies dans un monde porteur d’un seul et unique projet : celui de la mise en compétition de l’ensemble des acteurs sociaux, de l’ensemble des institutions, dans une lutte généralisée qui structure l’espace social, politique et économique, les formes de domination et de reproduction de cette domination afin de préserver, de reproduire et d’accroître le capital. Les porte-paroles de la disparition des idéologies sont également ceux de l’idéologie dominante, des institutions dominantes et des projets de vies dominants, ce qui n’a pas été étudié par Althusser. Car, et ceci est important, les appareils idéologiques d’État définis par Althusser ont rempli leur rôle qui était de mener la totalité sociétale à accepter que la contradiction de la modernité qui s’exprimait au travers de la lutte des classes soit résolue dans l’écrasement définitif des solidarités institutionnalisées, réglementées. Mais la théorie althusérienne des appareils idéologiques et répressifs n’est pas seulement inachevée, elle est également partiellement fausse. Car si les appareils idéologiques avaient chez Althusser pour finalité d’agréger pour produire et reproduire au risque de créer des conflits réprimés par les appareils de répression, il semble aujourd’hui que le conflit, la compétition, la lutte généralisée soient devenus l’idéologie et que l’appareil de répression soit, dans le même temps, devenu, au moins partiellement, l’appareil idéologique, ce qui dialectiquement nous renvoie à des appareils plus fins et plus globaux. Ils ne visent plus à la formation première d’une identité restreinte (nationale par exemple) construite par les réalités historiques pour un appareil de production bourgeois national, mais à la construction d’une non-identité universelle reposant sur une fausse conscience d’identité individuelle, locale ou régionale qui vise à la production ou la reproduction de l’appareil de production, non plus bourgeois (en tant que celui-ci est historiquement identifiable à des individus), mais capitaliste et international. Ceci signifie que l’identification du capital, son « appartenance à », s’opacifie en même temps que se creusent les inégalités. Le capital n’appartient plus à X, il est celui d’un groupe, il s’agit de titres, d’actions ou d’obligations. Il n’est plus national, il est devenu transnational, supranational, mondial. D’ailleurs la mondialisation se caractérise principalement par l’internationalisation de l’économie qui repose de manière croissante sur des transactions financières, accélérées, purement spéculatives, de devise à devise, dont le volume s’accroît pour atteindre un montant cinquante fois plus élevé que celui des échanges commerciaux [27]. Cette non-identité repose sur la compétition généralisée qui traverse la totalité des appareils. C’est pour cela que nous pouvons nommer ces appareils appareils stratégiques capitalistes (ASC). Ils ont pour finalité de massifier, d’unifier mais, contrairement aux appareils idéologiques d’État proposés par Althusser, ils ne se soucient plus des différenciations culturelles et historiques (comme l’école de la IIIe République en France ou la religion protestante en Angleterre ou en Allemagne), mais cherchent à s’imposer toujours et en tout lieu comme la réalité non-idéologique de la compétition en tant que celle-ci est la vie, la nature humaine universelle et, peut-être, comme cela est soutenu par quelques auteurs postmodernistes, la base d’une nouvelle démocratie [28] une compétition dont les principaux outils idéologiques sont l’accélération et la compétitivité ou le rendement.Les appareils stratégiques capitalistes sont aujourd’hui en construction et chacun d’entre eux mériterait une étude exhaustive. La télévision, par exemple, est devenue un appareil stratégique transnational de structuration de l’idéologie capitaliste et de répression intellectuelle : choix des émissions, des images, des commentaires et des analyses politiques, économiques et sociales, normalisation internationale des programmes et copies de ces derniers, normalisation des retransmissions sportives en direct, création d’un vedettariat international a-culturel, journalistes, chanteurs, humoristes, philosophes et intellectuels cathodiques, servent la polymérisation de pensées de faible densité [29]. Il serait également possible de désigner l’armée qui n’est pas qu’un appareil de répression. Ainsi l’armée américaine en Irak a été une force idéologique pour le gouvernement américain sur le plan intérieur mais également au niveau international. Elle n’agit pas que pour réprimer mais pour porter et construire des formes politiques mises en scènes idéologiquement [30] ce qui dépassent et débordent le conventionnellement attendu. Que cet appareil fonctionne à la violence, à l’extérieur des frontières, comme le note Althusser, cela ne fait aucun doute mais, dans le même temps, cette armée agit comme n’importe quel appareil idéologique. Georges W. Bush a profité de l’idéologie répressive et des actions militaires à l’extérieur du pays en déstabilisant la politique européenne, en prenant position politiquement et idéologiquement dans une région productrice de pétrole, en développant la notion de terrorisme, en acceptant l’idéologie techno-militaro-scientifique avec ses guerres de renseignement, de contre-renseignement, d’anti-renseignement. Les appareils idéologiques et de répression se rejoignent ainsi car, comme le notait Horkheimer et Adorno, s’est installée une forme apparemment plus souple d’autocontrôle individualisé [31], résultat, peut-être, de l’action combinée de ces appareils. De ce point de vue et plus que jamais, l’État est devenu inconscient, hors frontières, hors organisation politique démocratique et identifiable. Nous sommes face à une forme renouvelée de gouvernement mondial sans bâtisses, donc sans lieu physique, sans organisations politiques citoyennes identifiées comme centre institutionnel, sans élus. Les superstructures comme la Banque mondiale, l’OCDE ou la commission européenne, sont les appareils qui unissent ces doubles compétences de l’appareil idéologique et répressif et impulsent l’idéologie par toutes les structures institutionnelles nationales et internationales en interrelations de dépendance avec celles-ci. Or le centre névralgique de l’idéologie dominante, son principal vecteur, celui qui permet production et reproduction de biens et services, de l’appareil de production (capitaux et main d’œuvre), de l’idéologie, c’est la mise en compétition de l’ensemble des agents et acteurs sociaux, de l’ensemble des institutions, l’universalisation de la mise en concurrence, l’accélération constante de toutes les productions.De nombreux ASC sont, aujourd’hui, en cours d’élaboration. Ils possèdent des fonctions différentes mais tous visent à l’intégration des valeurs capitalistes au sein de toutes les communautés mondiales. Je pourrais citer l’appareil stratégique capitaliste informatif qui comprend les systèmes télévisuels, radiodiffusés, la presse écrite, les revues et les magazines, les supports informatiques. Les technologies soutiennent les techniques de l’information, ainsi la forme et le fond sont totalement liés. Herbert Marcuse avait déjà remarqué que «  l’originalité de notre société réside dans l’utilisation de la technologie, plutôt que de la terreur, pour obtenir la cohésion des forces sociales dans un mouvement double, un fonctionnalisme écrasant et une amélioration croissante du standard de vie  » [32]. Mais cette utilisation qui permet l’engourdissement de la critique et fait disparaître l’opposition, comme le remarque encore Marcuse, construit de nouvelles formes de contrôle puisque le changement qualitatif de la société n’est plus à l’ordre du jour et que la compétition généralisée s’impose partout, la banalité du quotidien, qui comprend la banalité de la technicisation, la banalité du mal, la banalité scientifique, celle de la consommation de masse, chloroformise toute tentative radicale. L’appareil stratégique informatique détruit le temps et l’espace en divulguant une information transnationale ou supranationale en temps réel dont la mise en scène participe de la banalisation du quotidien, de la vie et de la mort, donc de la banalisation ontologique et systémique de l’homme.D’autres appareils stratégiques capitalistes peuvent être cités : il en va ainsi de l’appareil sportif ou de l’appareil éducatif. Chacun possède ses singularités, mais tous répondent à ces spécificités et les propositions suivantes sont les hypothèses indispensables à la construction théorique des ASC, à la compréhension du nouveau maillage idéologique mondialisé.

1)Les ASC, comme toute institution, relèvent du mouvement général de la dialectique, et s’y trouvent en son sein l’unité des contraires. Ainsi les ASC sont toujours davantage que ce qu’ils paraissent. Au sein de la pensée dominante, l’autonomisation des fonctions « nobles » des ASC s’effectue aux dépens de fonctions inavouées, cachées ou scotomisées. De la sorte, les ASC semblent toujours être le résultat de la « raison », du « pragmatisme » ou de la « rationalité » en tant que valeur indépassable de la modernité afin d’assurer les meilleures conditions de vie ou le bonheur général.

2)Là où l’appareil idéologique d’État s’inscrivait dans un processus historique, idéologique, national différencié et différenciant, les appareils stratégiques capitalistes visent à l’uniformité des institutions et des idéologies sans considération de frontières, de cultures et d’histoire, sans considération morale ou éthique. En ce sens les ASC sont plus que la transformation des AIE. Plus précisément, les AIE sont des appareils de transitions qui mènent, selon la logique capitaliste, à l’élaboration d’appareils susceptibles (les ASC) de soutenir un capitalisme mondialisé, n’ayant pas d’autres objectifs ni finalités que l’accroissement du capital et la reproduction du processus de production mondialisé au travers du développement des sciences et des techniques.

3)Les ASC sont des appareils d’information et d’éducation de la masse informe. Cela concerne tant les modes d’information que peuvent être les différentes formes de presse (télévisuelle, radiophonique, écrite, internet), que les institutions d’éducation ou pédagogiques (écoles, universités, institutions éditoriales…), les institutions économiques ou politiques (OCDE, Parlement européen, Banque mondiale…).

4)Les ASC sont les lieux de la compétition massifiée, dans le sens où la masse est cette partie de la population « déclassée » de toutes les couches sociales. Dialectiquement, les ASC visent à développer la « masse » au mépris de l’existence de populations et d’individus conscients. La masse est la « matière » indispensable au développement du capital, finalité visée des ASC. C’est pour cette raison que la masse ne se forme pas au niveau régional ou national mais se développe et prend sens, dans le capitalisme mondialisé, dans un espace supranational ou mondial.

5)Les ASC visent à mette en compétition tous les acteurs, institutions, masses et individus afin de « naturaliser », dans un mouvement dialectique, la lutte de tous contre tous, de tous contre chacun et de chacun contre tous. Les outils principaux de cette compétition sont la vitesse (l’accélération) et la productivité (le rendement) qui permettent de hiérarchiser les différents niveaux de production, les différents producteurs, selon l’ensemble des critères et indicateurs capitalistes mondialisés. L’idée de progrès est liée à l’amélioration de ces indicateurs qui imposent la notion de développementalisme.

6)Les ASC ont pour mission d’imposer les formes les plus aigues de la flexibilité et de la mobilité. C’est ainsi que l’on forme le nouveau prolétariat du tertiaire ou technologique, fait d’individus « technicisés » ou « technologisés ». C’est par les « techniques » que les individus deviennent les prothèses mêmes de leurs propres « sciences » et « techniques » dont les ASC défendent les logiques internes et externes de progrès.

7)Les ASC transforment les lieux de l’intellectualité en lieux de production et modifient ainsi la valeur et la destination de l’activité intellectuelle. C’est ainsi que les laboratoires publics de recherche sont lentement instrumentalisés aux désirs du marché mondial et placé dans une situation de compétition généralisée. La « compétition des savoirs » qui se mesure à l’aune de résultats économiques, fait disparaître toute possibilité de négativité et de dialectique. La finalité visée est l’instrumentalisation de la connaissance par le capitalisme mondialisé.

8)Les ASC forment les travailleurs sur des objets et des secteurs portés par l’industrie et l’économie. L’instrumentalisation des masses est quasi-totale dans l’émergence des projets politico-économiques de la classe dominante capitaliste. Les ASC rendent le travail et les travailleurs quantité négligeable car totalement interchangeables au sein de l’espace européen, dans un premier temps, mondial ensuite. Ils banalisent les formations et les diplômes de tout niveau, les savoirs et les compétences de toute nature en leur faisant perdre toute forme de complexité.

9)Les ASC vont organiser les formes modernes de production capitalistes de tous les secteurs d’activité en augmentant la précarisation des individus, étudiants et travailleurs, leur flexibilité, leur mobilité spatiale et sociale sur le marché du travail, en les fragilisant et en créant de la chair à travail technologique.

10)Les ASC organisent l’ordre par l’auto-répression et l’autocontrôle des individus dans les masses elles-mêmes organisées autour de la rareté. De la sorte, c’est au sein d’une société « kafkaïenne » que la démocratie, en tant que système politique du peuple conscient pour le peuple conscient et organisé par le conscient, tend à disparaître pour faire émerger une technocratie mondiale, représentant le centre dominant d’un pouvoir mondial déterritorialisé face à une périphérie dominée.

11)Les ASC participent de la transformation des valeurs par la création d’ornements, de spectacles et de divertissements. L’ornement du travail étant la technique, la vie devenant spectacle (télévisé ou « webisé »), le détournement l’essence (la société dite des loisirs), l’existence elle-même devient une abstraction de par la valeur abstraite que le travail possède dans sa dimension technique, que la vie possède dans sa dimension spectacularisée qui ne dévoile rien du réel ni au spectateur ni à l’acteur lui-même, que l’essence possède dans sa dimension détournée. L’abstraction même de l’humanité est, pour partie, la disparition de l’humanité de l’homme.

12)Les ASC détruisent subséquemment les notions d’art et d’œuvre (donc de chef d’œuvre). L’art en tant que réalisation transcendante de l’imagination de l’homme et l’œuvre en tant que réalisation d’une connaissance artisanale subjective devaient être les supports de vie des sujets en tant que la subjectivité reste l’essence de la vie et des valeurs de celle-ci. Les disparitions de l’art et de l’œuvre, de par la marchandisation, l’instrumentalisation, la décomplexification liée à l’accélération de la consommation industrielle sont la symptomatique d’une période de déshumanisation et de la mise en spectacle de celle-ci et de ses ornements.

13)Les ASC participent de la structuration rationnelle spatiale dominante, de la politique urbaine dominante par la monumentalisation spectaculaire de l’espace vécu et son rendu médiatique. De la sorte, le spectacle du travail devient spectacle de l’architecture (Pékin, la Défense, Dubaï…), l’expression architecturale bétonnée s’imposant à « l’univers de chair » de l’intersubjectivité.

14)Les ASC, participent de la rationalisation technique du temps (travail-loisir-travail) et de sa structuration. L’accélération de la production, l’accroissement de la productivité structurent le temps puisque la compétition est toujours une lutte contre ce dernier. La rationalisation du temps n’a plus de limites ni de fins, et participe de la production sans fin des « sciences » et des « techniques » et de l’accélération du rythme des innovations, des découvertes ou des « inventions ».

15)Les ASC reposent sur un mythe. Ils se proposent d’être une forme non idéologique de formation, d’information, d’encadrement massif des individus qui reposerait sur une forme quasi idéalisée et démocratique de compétition des savoirs, des connaissances, des productions qui se pratiquera mondialement selon les mêmes formes, les mêmes règles. Le culte de la performance s’insère dans l’ensemble des rets de la vie humaine, tant intime que publique.

16)Les ASC vont organiser de la sorte les logiques de qualification et d’exclusion car il n’y a pas de compétition sans vainqueur mais, également et dialectiquement, sans perdants. La recherche névrotique de croissance organisera obligatoirement et systématiquement la prospérité d’un petit nombre au détriment de la grande majorité dans un processus capitaliste dont la logique veut que les moins nombreux usent de leur richesse lorsque la majorité use son corps (physique, politique et social).

17)Les ASC participent de la mobilisation générale et totale de l’appareil de production capitaliste et, de ce fait, les individus seront incapables de discerner derrière la « machinerie » ceux qui l’utilisent, ceux qui en tirent profit et ceux qui la subissent ou payent pour elle [33].

Ces premières analyses générales des ASC peuvent, bien sûr, être complétées puisque relevant d’une forme « universelle », et les figures dialectiques des ASC peuvent s’exprimer dans la particularité ou la singularité. Mais ce qui reste signifiant est la structuration supranationale de ces appareils qui in fine nous intime l’obligation de construire une masse sans logique politique d’opposition au capital, de rébellion ou d’insurrection. Comme le souligne René Lourau, les appareils idéologiques, en tant qu’institution, ne sont jamais totalement ce qu’ils semblent être et derrière l’illusion de libération par choix individuel, s’inscrit le conformisme le plus dangereux et le moins pensé. Comprendre les ASC pour lutter contre, les déconstruire, les détruire est sans doute l’une de nos premières missions.

 Conclusion

Les appareils stratégiques capitalistes ne sont donc pas le résultat d’une désinstitutionnalisation mais d’une transmutation de ces institutions. Ils sont également le résultat d’une accélération sociale, politique et économique de la vie tout en participant dialectiquement de cette accélération. Cette dernière est l’indispensable outil de la mise en compétition globalisée des populations mondiales. C’est également l’appareillage technique de la constitution des masses et c’est pour cette raison que l’accélération continue de la vitesse qui détruit toute complexité est devenue l’un des principaux dangers en faisant de l’homme la prothèse ou l’appendice de la vitesse technique, économique et politique. La masse, constituée d’individus interchangeables à volonté, formés par les appareils stratégiques capitalistes, est le résultat du déclassement culturel et politique de tous au profit d’une domination supranationale capitaliste et technoscientifique peu identifiable. C’est peut-être ainsi que s’élabore les prémisses des nouvelles formes de totalitarisme, lorsque, comme le fait remarquer Hannah Arendt, «  le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus. Le pouvoir total ne peut être achevé et préservé que dans un monde de réflexes conditionnés, de marionnettes ne présentant pas la moindre trace de spontanéité. » [34] Les ASC, réduisant les formes de spontanéité permises par la complexité culturelle et politique, ne sont-ils pas ces dangereux outils d’un possible totalitarisme à venir ?

Notes

[1] J. Fourastié, Le Grand Espoir du XXe siècle, Paris, Gallimard, 1963.

[2] Ibidem, p. 33.

[3] P. Virilio, Esthétique de la disparition, Paris, Éditions Galilée, 1989, p. 67.

[4] Voir sur le sujet F. Fukuyama, La Fin de l’histoire et le Dernier homme, Paris, Flammarion, 1992.

[5] Voir entre autres sur le thème de la spectacularisation et de l’idéologie G. Debord, La Société du spectacle, Paris, Gallimard, 1992 ; M. Horkheimer, T. W. Adorno, La Dialectique de la raison, Paris, Gallimard, 1974 ; H. Marcuse, La Dimension esthétique. Pour une critique de l’esthétique marxiste, Paris, Seuil, 1979 ; S. Kracauer, Les Employés, Paris, Avinus, 2000 ; P. Reichel, La Fascination du nazisme, Paris, Odile Jacob, 1997.

[6] G. Debord, La Société du spectacle, op. cit., p. 5.

[7] Ibidem, p. 164.

[8] M. Horkheimer, T. W. Adorno, La Dialectique de la raison, op. cit., pp. 170-171.

[9] H. Arendt, La Crise de la culture, Paris, Gallimard 1972, p. 230.

[10] Ibidem, pp. 265-266

[11] Le « spectacle culturel » n’est pas seulement l’exposition d’œuvres artistiques, peintures, musiques, architectures, sculptures, mais également celui de la rentrée des classes, des débats sur le devenir de l’école ou de l’Université, etc…

[12] L. Althusser, « Idéologie et appareils idéologiques d’État », in Positions, op. cit.

[13] Voir sur le sujet L. Baier, Pas le temps ! Traité sur l’accélération, Arles, Actes Sud, 2002 ; Y. Dupont, « Accélération », in Y. Dupont, G. Grandazzi, C. Herbert, (dir.), Dictionnaire des risques, Paris, Armand Colin, 2003.

[14] Traces conscientes ou inconscientes ? Évidemment la force de l’idéologie et de l’appareil idéologique seraient de créer les traces inconscientes qui forment les identités politiques, qui permettent les agissements impensés, intégrés. Nous retrouvons ici un peu des théories bourdieusiennes sur l’habitus.

[15] Voir sur le sujet K. Marx, Critique des programmes socialistes de Gotha et d’Erfurt, Spartacus, 1948.

[16] K. Marx, La Question juive, Saint-Amand, Union Générales d’Éditions, 1968, pp. 27-28.

[17] Voir sur le sujet B. Badie, P. Birnbaum, Sociologie de l’État, Paris, Grasset, 1979.

[18] L. Althusser, « Idéologie et appareils idéologiques d’État », in Positions, Paris, Éditions Sociales, 1976, p. 92.

[19] B. Badie, Le Développement politique, Paris, Économica, 1984, p. 141.

[20] J’ai conscience que cette notion d’identité est largement discutable, même si ce n’est ici pas le lieu.

[21] Voir sur le sujet R. Lourau, L’État-inconscient, Paris, Éditions de Minuit, 1978.

[22] Ibidem, p. 17.

[23] H. Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, Paris, La Découverte, 2010.

[24] Voir Z. Bauman, Le Coût humain de la mondialisation, Saint-Amand-Montrond, Hachette Littératures, 1999 ; C. Ruby, Le Champ de bataille post-moderne/néo-moderne, Paris, L’Harmattan, 1990 ; M. Freitag, L’Oubli de la société. Pour une théorie critique de la postmodernité, Rennes, PUR, 2002 ; J. Habermas, La Technique et la science comme « idéologie », Paris, Gallimard, 1973 ; C. Javeau, Les Paradoxes de la postmodernité, Paris, PUF, 2007.

[25] Voir sur le sujet P. Vassort, « Modernité dégradante ou Postmodernité des gradés », in Prétentaine, n° 5, (« Philosophie et postmodernité »), mai 1996, pp. 197-209.

[26] L. Althusser, « Idéologie et appareils idéologiques d’État », in Positions, op. cit., p. 114.

[27] Voir sur le sujet Z. Bauman, Le Coût humain de la mondialisation, op. cit.

[28] Voir principalement sur le sujet F. Lyotard, La Condition postmoderne. Rapport sur le savoir, op. cit. ; A. Ehrenberg, Le Culte de la performance, op. cit.

[29] Voir sur le sujet P. Vassort, « Sport et mondialisation : critique de la modernité », in Migrations Société, vol. 12, n°71, septembre-octobre 2000.

[30] Voir sur le sujet P. Vassort, « Guerres et risques de guerres », in Y. Dupont, G. Grandazzi, C. Herbert, (dir.), Dictionnaire des risques, op. cit.

[31] Voir sur ce thème du contrôle M. Horkheimer, T. W. Adorno, La Dialectique de la raison, Paris, Gallimard, 1974, p. 131.

[32] H. Marcuse, L’Homme unidimensionnel. Essai sur l’idéologie de la société industrielle avancée, Paris, Les Éditions de Minuit, p. 16.

[33] Voir sur le sujet ibidem.

[34] H. Arendt, Les Origines du totalitarisme. Eichmann à Jérusalem, Paris, Gallimard, 2002, p. 808. Souligné par moi.

Pour citer l'article


Vassort Patrick, « Les Appareils Stratégiques Capitalistes (ASC) contre les Appareils Idéologiques d’État (AIE) », dans revue ¿ Interrogations ?, N°11 - Varia, décembre 2010 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Les-Appareils-Strategiques (Consulté le 1er octobre 2016).



ISSN électronique : 1778-3747

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