Phaëton Jacqueline

¡ Niñas… al salón ! Prostitution féminine et déviance

 




 Résumé

L’étude des représentations littéraires fournit des éléments probants d’analyse dans le cadre d’une approche sociologique de la prostitution au cours du premier franquisme. Le choix de ¡Niñas… al salón ! de Vizcaíno Casas n’est pas anodin puisqu’il s’agit d’une œuvre dont l’auteur n’a jamais caché ses affinités avec le régime de Franco. De plus la forme particulière du témoignage mêlé à la fiction ainsi que l’humour présent au fil des divers récits sont censés permettre, à la fois d’avoir un angle de vue masculin, et de prendre des distances avec le discours fictionnel. Il s’agit donc à travers le discours littéraire d’appréhender les diverses expressions des déviances féminines dans le cadre de la prostitution.

Mots-clés : prostitution féminine, représentation littéraire, déviance, sexualité.

 Summary

¡ Niñas… al salón ! Female prostitution and deviance

The study of representations in literature provides convincing elements for analysis in a sociological approach of prostitution during the first franquismo. Choosing ¡Niñas… al salón ! by Vizcaíno Casas is not innocent since the author never concealed his affinities with Franco’s regime. Moreover, the particular way the testimonies are mingled with the fiction, and the presence of humour all along the narratives enable to have a male view angle and to distance oneself from the fictional narrative. The matter here is to try to comprehend, through the literary discourse, the various expressions of the female deviances within the framework of prostitution.

Keywords : female prostitution, literary representation, deviance, sexuality.

 Introduction

À la différence de certains auteurs explicitement antifranquistes dans leur évocation de la vie quotidienne espagnole, et en particulier dans leur description des milieux de la prostitution, Vizcaíno Casas semble proposer une approche nostalgique de la prostitution à travers une série de contes rassemblés dans un ouvrage intitulé ¡Niñas… al salón ! (Jeunes filles…au salon !), publié en 1976 [1].

Vingt ans séparent le temps des récits et celui de la publication. Deux décennies au cours desquelles la société espagnole a connu d’importants bouleversements qui ne sont sans doute pas étrangers à la légèreté et au cynisme adoptés par l’auteur lorsqu’il aborde la sexualité des Espagnols.

Nous analyserons comment l’espace textuel s’approprie le thème récurrent et sensible de la prostitution pour traiter, en fin de compte, un thème connexe tout aussi épineux à savoir, la sexualité des Espagnols. Il s’agit de se saisir de la représentation littéraire de la prostitution pour appréhender les déviances féminines au cours du premier franquisme telles qu’elles sont représentées dans l’espace textuel. En outre, il conviendra d’évaluer l’apport subversif ou régressif de ces représentations en s’interrogeant également pour tenter de comprendre qui du client ou de la prostituée est véritablement déviant ?

 Considérations préliminaires

Le point de vue de l’auteur est clair. Dans toutes les descriptions, aussi bien celles des prostituées, des clients que des lieux de prostitution, jamais ne sont mis en exergue des éléments pouvant provoquer une réaction autre que le rire, le sourire ou la connivence. Contrairement à des auteurs comme Cela ou Martín-Santos qui basent leurs récits sur les calamités de la vie des prostituées et de l’univers dans lequel elles évoluent, Vizcaíno Casas traite davantage un aspect volontairement superficiel de la prostitution. Les descriptions psychologiques sont quasiment absentes de l’espace textuel pour laisser, en revanche, la part belle au visuel qui devient grotesque. L’écriture de Vizcaíno Casas s’orne d’œillères au service d’une sensibilité précise qui, en fin de compte, approuve et semble presque regretter les temps passés. La multiplication des récits participe à leur superficialité en ce sens que le temps court du récit ne permet pas d’aller au-delà de la simple perception. De plus, l’analyse de profondeur est également évitée par le choix topidique des prostituées et des maisons closes. Enfin, le cynisme évident de l’auteur, loin de choquer est plutôt de bon aloi dans une Espagne en pleine mutation ; les repères et les codes moraux des années 50 devenus obsolètes se prêtent plus aisément à la raillerie qu’à l’indignation. De plus, eu égard à la liberté sexuelle dont jouissent les Espagnols après la mort de Franco et en pleine libération culturelle, la posture adoptée par l’auteur rallie davantage les lecteurs qui sont invités à se moquer d’eux-mêmes, voire de leurs ainés, étant entendu qu’il n’a jamais été question pour l’auteur de parler en premier lieu de prostitution. Il a été question de parler de la sexualité des Espagnols et conséquemment de la prostitution puisque dans les années 50, les deux thèmes étaient intimement liés, même si de prime abord, c’est le contraire qui est présenté. Quoi de plus judicieux que de parler de frustrations sexuelles à l’heure où précisément tout ou presque semble permis !

Dans ¡Niñas… al salón !, le narrateur propose une vision relativement complaisante de l’univers prostitutionnel. Une vision masculine qui est avant toute celle du client qu’est l’auteur lui-même. D’ailleurs, il ne s’en cache pas et dès le début de l’œuvre il inscrit le lecteur dans une fiction prenant un ancrage fort dans le réel puisqu’il dit livrer des souvenirs de jeunesse partagés par tous ceux de sa génération. Par conséquent, la perspective embrassée ne convoque pas une vision féminine de la prostitution. Le parti pris par le narrateur est celui de la représentation d’un univers prostitutionnel festif qui s’inscrit également dans le discours normatif franquiste précédant 1956 (année de l’abolition officielle de la prostitution en Espagne) sur la fonction sociale de la prostitution. L’humour et l’ironie constituent des outils qui permettent au narrateur de se distancier quelque peu des faits narrés. Quel en est l’objectif ? Pourrait-on raisonnablement y voir une stratégie adoptée permettant de dénoncer les calamités et les déviances du monde de la prostitution, et des femmes en l’occurrence ? Il est permis d’en douter, et le lecteur s’aperçoit bien vite que les us et coutumes afférents à la prostitution, représentés dans l’espace textuel s’articulent autour de normes officiellement balisées par l’appareil franquiste, à savoir, l’assujettissement séculaire des femmes aux hommes et la catégorisation en découlant, cependant pas spécifique au régime franquiste, car ses origines sont étroitement liées à l’apparition de la société patriarcale. La posture moralisatrice se voit donc chassée par une acceptation des plus consensuelles de l’ordre social établi, à savoir la réglementation de la prostitution. Il semblerait donc qu’une invitation soit faite au lecteur à aborder les prostituées comme des prestataires d’un service social. Dans cette hypothèse, en quoi donc le comportement des prostituées serait-il déviant ? Et qu’en est-il de celui des clients ?

 Prostitution féminine : réalité et représentation

Même si certains romans valent bien les études sociologiques, il ne sera pas question ici de fourbir des armes à l’histoire de la prostitution durant le premier franquisme tant il est vrai que l’œuvre littéraire n’est aucunement apte à suppléer l’histoire ni à en combler les lacunes. Nous reviendrons très brièvement sur le contexte socio-économique de l’Espagne des années 40 et 50 [2] pour souligner l’importance de la censure, la répression sexuelle, la misère et la prépondérance de l’église et de facto de la religion catholique. Dans un ouvrage intitulé La España de la posguerra, 1939-1953, Vizcaíno Casas illustre avec un humour parfois teinté d’ironie les formes grotesques que pouvaient prendre dans la vie quotidienne ce qu’il qualifie d’obsession pour la morale et qu’on peut résumer en deux mots : « no fornicar » [3].

En dépit du poids écrasant de la morale et de la religion catholique, la prostitution a connu, au cours du premier franquisme, une forte croissance dont la principale cause était la grande précarité économique. Si l’Église ferme les yeux et continue de prôner pudeur et honnêteté pour les femmes, l’État opportuniste, sous couvert de santé publique, organise la prostitution en institution en légalisant les maisons de tolérance. Paradoxe, contradiction ? C’est bel et bien là un trait caractéristique de l’Espagne du premier franquisme. En effet, au cours de cette période, la médecine est incapable de prendre en charge les maladies sexuelles comme la syphilis qui devient un véritable fléau social qu’il s’agit de circonscrire. Dans le même temps, les plus pessimistes voient en la prostitution un ’mal nécessaire’ qu’il serait vain de vouloir combattre, arguant son caractère intrinsèque à l’humanité (elle est définie comme étant le plus vieux métier du monde). De plus, l’on attribue à tort aux prostituées la responsabilité entière de la propagation des maladies sexuelles et l’on voit dans le réglementarisme une solution pour limiter les effets pervers d’un mal que l’on ne sait éradiquer. C’est donc pour ces raisons qu’un État aussi conservateur que l’État franquiste tolère et réglemente la prostitution durant 17 ans, jusqu’à ce que la pression internationale ainsi que la campagne abolitionniste menée entre 1955 et 1956 par certaines instances catholiques à l’intérieur du pays l’obligent, en 1956, à l’abolir et à fermer ses maisons closes. Pour une appréhension globale des mécanismes de la prostitution durant le premier franquisme et au cours des périodes précédentes, nous vous renvoyons aux travaux de Jean-Louis Guereña [4].

Notre réflexion sur le sujet nous a conduit, en littérature, à explorer les écrits d’auteurs comme Cela et Martín-Santos dont certaines œuvres relatives à l’époque qui nous occupe, sans être des réquisitoires antifranquistes, mettent en exergue les incohérences ainsi que les dysfonctionnements de l’Espagne de Franco, avec pour seule intention la dénonciation du système et de ses conséquences sociales jugées pernicieuses comme la prostitution féminine.

On pourrait croire, eu égard à son titre, qu’il s’agit d’un ouvrage sur l’univers des maisons publiques, communément appelées bordels. Mais à bien y regarder, il ne s’agit pas d’une énième variation pittoresque sur le thème de la prostitution, thème dont la nature “racoleuse” suscite toujours l’intérêt. Si les portraits des prostituées sont fort nombreux, ce sont davantage les appétences sexuelles des Espagnols et la rigidité de la répression sexuelle s’y opposant qui en constituent véritablement le substrat.

L’épitomé de l’œuvre ¡Niñas… al salón ! est expliqué dans le premier chapitre intitulé « Aclaraciones : las p… ». Il s’agit du signal de « la Madame » pour enjoindre les prostituées à regagner le salon dès l’arrivée des premiers clients. D’emblée les prostituées des rues sont exclues et le lecteur est placé dans l’ambiance feutrée ou, au contraire, lugubre des bordels espagnols des années 40 et 50 [5]. Le topique extrêmement convenu, à savoir la mise en scène de maisons closes, permet de faire l’économie de détails et, par le biais de connotations et de représentations, de placer le lecteur en milieu connu. Il apparaît que l’exclusion des filles des rues, dont les pratiques convoquent moins la sensualité et le mystère des lieux clos comme les lupanars, n’est pas anodin. Car s’il s’agit de se moquer avec complaisance des frustrations sexuelles des Espagnols. Il n’est point question de mettre en lumière une véritable misère sexuelle et un malheur social imputables au contexte sociopolitique de l’époque bien plus évident et visible dans la prostitution des rues.

La description de la société espagnole et en particulier de l’univers de la prostitution, indéniablement parodique s’accompagne d’un humour teinté parfois d’ironie, est à prendre au second degré. Il n’est point question de se retourner sur cette période de l’histoire de l’Espagne dans le but de dénoncer une quelconque aliénation des femmes ou de critiquer le fonctionnement social dans lequel s’inscrit la prostitution réglementée. Loin de s’adonner à une indignation accusatrice, on se sert du rire afin de faire disparaître sous les traits de la parodie les éléments qui, en réalité, pourraient être susceptibles de provoquer de la révolte chez le lecteur. L’habilité de Vizcaíno Casas consiste à faire appel à une série de stéréotypes parfaitement calibrés. Il s’agit donc d’établir un espace de savoir commun dépositaire d’images et de représentations symboliques partagées avec son lecteur ; ce qui aboutit à un mélange entre un effet de réel et un effet de fiction qui conduit le lecteur à appréhender la fiction comme ses souvenirs personnels.

Lorsque le quartier chinois est mis en scène dans l’espace textuel, il ne s’agit d’en montrer la misère, l’accent est mis sur le pittoresque :

« Hombres peludos, con los brazos repletos de tatuajes, barba de dos días y pinta de chulos. Naturalmente como que eran eso. Las mujeres que atendían la barra les insultaban con formula habitual de conversación  » [6].

On est donc fondé à dire que grâce à une habile manipulation, le pacte de lecture ne va pas au-delà de la nostalgie et de la caricature bienveillante.

D’autre part, si on s’en tient à la notion de dialogisme définie par Bakhtine [7], selon laquelle un texte n’est que la réécriture d’autres textes et que l’énoncé est un fait hétérogène qui reprend d’autres paroles, il est intéressant, certes de dégager la parole récurrente présente immanquablement dans le discours de notre auteur, mais l’intérêt principal semble être de trouver les éléments qui singularisent ce discours, tant dans la thématique que dans le traitement, susceptibles d’en faire l’originalité. Les paradigmes et les schémas proposés renforcent grandement les stéréotypes et les clichés ; cependant, les choix opérés par l’auteur donnent une orientation, celui-ci pratique volontiers une surenchère sur le thème de l’initiation sexuelle masculine par la prostitution, alors même qu’il passe sous silence d’autres thèmes comme les pratiques sexuelles dites ’contre nature’ ou encore les maladies sexuelles à l’origine de l’enfermement des prostituées dans les bordels [8]. En outre, on est en droit de s’interroger sur les raisons pour lesquelles la prostitution des femmes n’apparaît pas clairement dans cette fiction en tant que déviance féminine.

 Sexualité masculine et prostitution

La répression sexuelle

L’humour présent tout au long de l’œuvre de Vizcaíno Casas est particulièrement actif lorsqu’il s’agit d’évoquer la répression sexuelle. L’épisode le plus truculent « Concupciencia colegial » met en scène des jeunes gens en fin de scolarité soumis à des besoins sexuels de plus en plus pressants, lesquels sont passés sous silence conformément aux recommandations de l’Église. Le discours de mise en garde du prêtre se veut normatif, mais se révèle fantaisiste et grotesque :

« Juanín era un colegial ejemplar. Juanín era un cristiano sin tacha. Juanín podía ser presentado como el arquetipo de los jóvenes, como el estandarte de la pureza. Pero una tarde infausta ¡ah !, Juanín fue a la ciudad. Tenía que visitar a unos parientes, que vivían cerca de ese barrio infame, de ese barrio pecador, de ese barrio que llaman chino. […] Juanín perdióse.

Y Juanín, el niño bueno, en niño limpio, encontróse de pronto en una de aquellas callejas sórdidas. Y la tentación cercóle. Y las mujeres que trafican con su cuerpo llamáronle […] Juanin cayó. […] Mas hete aquí descarga una tormenta […] la maceta cae sobre la cabecita de Juanín, que corre por la calle, y Juanín muere en el acto ¡ah ! Y muere en el pecado mortal.  » [9]

D’emblée le locuteur place ses auditeurs en situation de comparaison avec le comparatif « como » et d’exemplarité avec le substantif « arquetipo ». L’auditoire est donc dans un processus d’identification. L’anaphore rhétorique, élan rythmique de l’énoncé et la gradation permettent d’imprimer dans la mémoire de l’auditoire les informations délivrées. Elle crée dit Fromilhague « une tension poétique qui vise à entraîner l’adhésion » [10]. La répétition parfois anaphorique du prénom du jeune garçon contribue également au processus d’identification. De la sorte, le narrateur signifie implicitement à son lecteur la volonté de manipulation du locuteur. La polysyndète, multiplication du lien de coordination « y » suggère une multiplication infinie des dangers. Ces figures de style témoignent avec exagération de la visée pédagogique souhaitée de ce discours. Par ailleurs, dans la phrase : « Y muere en el pecado mortal », la répétition lexicale qui crée un effet de redondance sur la notion de la mort met clairement en exergue la volonté d’effrayer. Les exclamations « ah  » marquent aussi bien la dramatisation du locuteur que l’oralité de son discours.

Ce conte, qui par bien des aspects semble incroyable, est une parabole volontairement très maladroite qui parodie le discours officiel. La fin tragique du personnage auquel se sont identifiés les élèves produit un effet de terreur qui s’inscrit pleinement dans le ton de la répression sexuelle ; l’éducation et l’explication sont exclues pour laisser amplement la place à l’interdiction et au châtiment [11]. En outre, les prostituées apparaissent davantage comme des facteurs de déviance pour les jeunes hommes que comme des personnes au comportement déviant.

Apparaît également le tiraillement des Espagnols, pris entre les désirs, voire les besoins naturels et la morale dominante dont les discours emberlificotent la population d’après le modèle de la religion catholique qui désigne le sexe comme un péché. Diabolisé et considéré comme un acte sale, le sexe est passible de sanctions divines. Le « no fornicar » prend ici tout son sens. L’incohérence sociale est soulignée, il est vrai à demi-mesure, puisque ce discours moralisateur du prêtre est exclusivement destiné à une population masculine jeune. Néanmoins, les hommes mariés ne sont pas épargnés puisqu’ils constituent un échantillon important dans l’espace textuel. Et en dépit d’une organisation sociale et économique de la prostitution féminine, le « no fornicar » de la morale dominante fait des prostituées des facteurs de déviance, mais également des éléments eux-mêmes déviants des normes officielles et du discours dominant.

Les clients : déviants ou déviés ?

Vizcaíno Casas met volontiers en scène les jeunes hommes désargentés ou inexpérimentés ainsi que les bourgeois, les notables mariés et pères de famille, les clients des classes sociales défavorisées étant absents de cette fiction. Tous sont ridiculisés et semblent être motivés par leur seule obsession pour le sexe et conséquemment pour les prostituées, seules partenaires sexuelles facilement accessibles et permettant de contourner – de dévier – la rigidité de la répression sexuelle.

À plusieurs reprises revient la figure du client qui s’amourache d’une prostituée, mais jamais l’idylle n’aboutit à la normalisation de la relation. Après tout, qu’espérer d’une « mujer mala » [12] (i.e. d’une femme de mauvaise vie) ? L’auteur introduit un stéréotype classique sur les croyances populaires se rapportant au caractère permanent de la déviance féminine dans le cadre de la prostitution [13].

En dépit d’une approche narquoise, les clients ne sont pas vertement critiqués et aucun de ceux qui sont mis en scène dans la fiction de Vizcaíno Casas n’est foncièrement mauvais envers les prostituées même si celles-ci évoquent parfois les mauvais traitements que ces derniers leur font subir.

Du fait de la double morale, aussi bien clients et prostituées ont des comportements à la fois déviants et normés. De plus, l’hypocrisie de cette double morale s’illustre dans le discours d’un homme qui s’adresse à son épouse au sujet de leur fils en ces termes : « Este ya es Enriquetón » [14]. Le père est parfaitement conscient que son fils est devenu un homme, le passage obligé pour accéder à ce statut étant d’avoir eu des relations sexuelles. Or compte tenu de la rigidité morale de l’époque, les relations sexuelles hors mariage étaient formellement proscrites et se toléraient exclusivement dans le cadre d’espace social clos de la prostitution. Ainsi, il faut souligner que la prostitution comme rite sexuel initiatique des jeunes hommes n’est aucunement perçue comme une pratique déviante pour les hommes :

« Ya eran hombres hechos y derechos – pensaban unánimemente – y tenían que acostumbrarse a estas cosas tan normales en las personas mayores : el tabaco, el licor, la tertulia. Y las mujeres llamadas comúnmente putas » [15].

D’autre part, les salons des bordels semblent acquérir dans l’espace textuel le statut de lieux de sociabilité masculine ce qui tend à confirmer la prostitution en tant que pratique sociale acceptée et non honteuse, une fois de plus en partant d’une perspective exclusivement masculine :

« Allí se encontraban padres e hijos, castos administradores y opulentos administrados, catedráticos y alumnos, cuñados y hasta un sacristán tenido por muy virtuoso, con sus decepcionados feligreses  » [16].

Enfin, le narrateur ne manque pas de se gausser de la gent masculine et de sa prétention à vouloir croire qu’elle est toujours apte à satisfaire sa partenaire sexuelle y compris dans le cadre faussé d’un rapport sexuel vénal :

« Cada uno de ellos [los clientes] salía convencido de que era así y aunque después en la tertulia de salita, más de un asidua comentaba con orgullo su privilegiada posición respecto a la Sonia, los demás sonreían irónicamente, en la seguridad de que solo con ellos – cada uno de ellos – aquellos podía ser cierto » [17].

Le lecteur est entraîné sur la piste de l’appréhension psychologique de la prostitution et un coup est asséné aux clichés, car si l’ego masculin du client est quelque peu mis à mal, au-delà de l’anecdote il faut y voir un signe fort de la réification des prostituées, nous y reviendrons plus tard.

 Prostituées : de la déviance à la réification

Toutes les prostituées de cette fiction officient sous un nom d’emprunt (comme la Merche, la Marcela, la Chiqui), ce qui en soi est déjà de nature à leur ôter une part de leur identité. Cette quête d’anonymat correspondrait à celle du désengagement émotionnel permettant la réalisation de l’acte sexuel payant. D’autre part, en règle générale, les prostituées qui sont mises en scène ne sont pas des « mujeres malas », dans le sens entendu par le narrateur qui joue avec l’adjectif qualificatif « mala » qu’il attribue plus volontiers aux prostituées qui commettent des délits en éludant l’aspect moral. Les prostituées mises en scène font preuve de bonté et de compassion et la prégnance de la religion catholique est telle que sa pratique n’est pas incompatible avec l’exercice de la prostitution [18].

Pour accentuer l’empathie du lecteur les termes « prostutita » ou « puta » sont peu utilisés. Le narrateur leur préfère le terme de « pupila », plus neutre. Il s’agit d’inciter le lecteur à adhérer à la séparation dichotomique des femmes, avec d’une part les prostituées, qu’on ne décrie pas dans la fiction car elles accomplissent une fonction au sein de la société, et les mères de familles et autres femmes dites “ honnêtes ”, absentes de l’espace textuel.

D’autre part, l’œuvre propose des portraits – bien évidemment caricaturaux - de prostituées parmi lesquels revient la figure de la prostituée au grand cœur, la confidente qui s’autorise des ’caprices’, comme la gratuité de l’acte sexuel. À ce personnage s’oppose celui de la prostituée ordinaire et qui feint sentiment et intérêt, ce qui représente une déviance dans la déviance.

Les portraits individuels s’opposent aux groupes dans lesquels le manque d’individualité pourrait également traduire à une forme de réification. Par ailleurs, cette réification que nous évoquons plus haut est issue d’une faculté développée par les prostituées qui consiste à se distancier et à se dissocier afin d’évoluer dans l’univers prostitutionnel constitué par le mensonge, le simulacre et la négation de soi. En outre, ces éléments qui participent au procès de réification ne sont, sans doute, pas étrangers à certaines capacités des prostituées mises en scène et citées comme des exploits. Ainsi, il est fort à gager que les vingt-trois ’occupations’ de l’une d’entre elles ont été possibles grâce cette distanciation [19]. L’aspect prosaïque de la situation est évité par l’euphémisme « ocupaciones », cette tendance au discours aseptisé diffère beaucoup de Cela qui, lui, préfère des expressions plus triviales.

Enfin, au-delà de la déviance que constitue l’acte de prostitution, si on est régulièrement confronté au mépris des prostituées pour les clients, on ne trouve que très exceptionnellement des commentaires sur leur rapport à leur profession. L’œuvre met pourtant en scène une prostituée ayant son activité en horreur, son dégout est évoqué sur un ton neutre et la banalisation est accentuée par l’emploi du substantif « profession » :

« […] nunca había ocultado que aquella profesión le daba asco » [20].

Elle est, dès lors, la moins sollicitée de son bordel. De nouveau, on est face au vieux cliché populaire tenace qui veut que la prostituée aime son activité, y trouve plaisir et épanouissement. C’est là aussi un facteur de déviance car les femmes furent condamnées à la frigidité suite à la désobéissance d’Eve !

Malgré une faible dimension psychologique, les prostituées de l’espace textuel sont dotées de conscience au point de se placer elles-mêmes en opposition par rapport aux autres femmes de la société. Ainsi, l’une d’entre elles s’adresse à un client en ces termes : « vuestras santas esposas » [21] (vos saintes épouses).

Le narrateur se moque avec entrain des prostituées et les descriptions qu’il en fait ne sont guère avenantes :

« Se les acercó una puta gorda, increíblemente fea, de pechos enormes y fofos, y al sonreírles enseñó la boca desdentada  » [22].

Pourquoi mettre en scène des femmes laides ? Nous pourrions trouver une amorce de réponse dans une volonté, peut-être, non avouée de mettre en lumière la misère sexuelle des Espagnols. Effectivement, la réduction a minima de la liberté sexuelle par la pression morale confronte les hommes à une ’rareté’ des partenaires sexuelles qui les obligerait à se contenter de prostituées de cet acabit. Néanmoins, si on compare les portraits fictifs des prostituées aux photos de Juan Colom [23], on s’aperçoit, non sans surprise, qu’ils ne sont pourtant pas si éloignés de la réalité. En 1964, ces photos provoquèrent un scandale alors qu’en 1976, des évocations similaires ne choquent plus.

 Prostitution féminine et prisme littéraire

Il nous appartient de souligner les parallèles entre les représentations des clients et celles des prostituées. Les jugements des uns sur les autres et vice versa sont relativement rares. Par ailleurs, si on se réfère aux deux catégories d’humour que distingue Propp, on classera l’œuvre de Vizcaíno Casas dans la catégorie d’’humour bas’, car il s’agit d’une œuvre qui s’adresse à la masse. Le vocabulaire n’est pas recherché, pas plus que ne l’est le style. Sans pour autant verser dans la grivoiserie facile compte tenu du thème abordé, les images de l’œuvre sont souvent grotesques. L’humour permet de démystifier une situation, qui en dépit de la posture choisie par l’auteur et en l’occurrence par l’appareil franquiste, n’en demeure pas moins une situation anormale et immorale.

L’auteur ne déconstruit pas les préjugés, pas plus qu’il ne rompt les clichés, au contraire, il manie avec brio l’art de la surenchère et utilise les clichés les plus éculés de la représentation fictionnelle de la prostitution. L’œuvre de Vizcaíno Casas ne semble pas pouvoir aller au-delà de la représentation panégyrique de l’univers de la prostitution. Un angle qui privilégie la vision masculine. Dans cet univers d’hommes, sont évacuées les notions de misère et de détresse psychologique des prostituées et de stigmatisation des femmes. Ce qui nous permet de mettre l’accent sur l’aspect superficiel de l’univers prostitutionnel fictionnel ainsi que sur son aspect purement visuel. Vizcaíno Casas voit la prostitution à travers un prisme réducteur déformant la réalité qui met en avant une représentation biaisée et orientée des prostituées et qui n’engage guère le lecteur à réfléchir sur la condition des femmes. Cette superficialité tout comme l’aspect festif souligné dans le texte sont de bons indicateurs de l’hypocrisie de la double morale de l’époque qui, à la fois interdit et tolère, et voit et fait semblant de ne pas voir.

Malgré des dates qui situent les récits dans un temps historique particulier – le premier franquisme –, jamais l’auteur ne cite le nom de Franco. En revanche, lorsqu’il fait référence à la période ayant précédé le premier franquisme, les Républicains sont cités. Cet oubli volontaire ne manque pas de nous interpeler, alors même que le roman, paru en 1976 ne craint pas la censure. En effet, la particularité de cette période de l’histoire de l’Espagne, lorsqu’elle est passée sous silence est de facto éloquente. Car comme le dit Hamon, « tout le texte (le tout du texte) est idéologie  » [24]. Ce qui pourrait expliquer en partie l’attitude de l’auteur quant à sa vision du monde de la prostitution, ce qui permet, en fin de compte d’inscrire ce type de déviance dans une certaine normalité et de la relativiser. Cela témoigne également de la sensibilité conservatrice de l’auteur.

Le discours patelin de l’Église est mis en scène à maintes reprises. Son décalage et son inadéquation face au vécu fictif des personnages de l’espace textuel traduit une volonté d’interpeller pour faire rire, mais pas pour dénoncer. Le pacte de lecture se crée dans la connivence et la complicité ainsi que dans l’émotionnel du vécu ou du raconté entre l’auteur et son lecteur. La situation ’d’apesanteur socioculturelle’, pour reprendre une expression ricœurienne, confirme l’idée selon laquelle une œuvre comme ¡ Niñas…al salón ! doit son succès à la réussite du pacte de lecture tacite opéré entre l’auteur et ses lecteurs, lesquels disposent du même bagage culturel permettant d’actualiser l’œuvre correctement.

De prime abord, pas plus qu’en seconde lecture, la très faible portée philosophique du discours de nature à lui donner une dimension universelle, n’exhorte le lecteur à s’engager sur le chemin de la réflexion de fond sur la condition humaine et en particulier sur la répression sexuelle de l’Espagne de cette époque ainsi que la prostitution féminine en tant qu’acte de déviance individuelle et sociale.

Lorsque l’auteur parle de prostitution, il met en scène un monde d’hommes avec son refoulement et son cloisonnement sexuel exacerbé par la répression sexuelle. Cette perspective traduit parfaitement la position du client-consommateur qu’il est lui-même. Mais en réalité, peut-on convoquer la notion de déviance si l’on admet que l’univers prostitutionnel est codifié et normé afin précisément d’éviter la déviance des femmes, qui elles, sont en charge de la pérennité de la race espagnole et donc de la société ? Dans le contexte de la double morale la véritable interrogation ne devrait-elle pas porter sur la définition même de la norme permettant de se référer à la notion de déviance ?

 Conclusion

La littérature qui se veut engagée pour dénoncer, se fait parfois la voix de l’indicible, l’humour et l’ironie pouvant aider à construire un discours de subversion. Mais dans le cas qui nous occupe, si le souci de véridiction de l’auteur est réel, on peut aussi voir des velléités de transgression dans une fiction dont les détails précis veulent authentifier un discours qui, de prime abord, relève du divertissement et prend des libertés très larges avec la réalité sur laquelle il prétend s’indexer. Le titre de l’œuvre suggère la mise en scène de la prostitution féminine, mais comme nous l’avons montré au cours de cette étude, la prostitution est admise et acceptée en tant que comportement normé dans le cadre de la prostitution réglementée. Et dans ce cas peut-on véritablement parler de déviance ? Au-delà du divertissement il faut décrypter dans la posture de l’auteur une acception de la fonction sociale découlant de la stigmatisation des femmes. Vizcaíno Casas aborde une situation sociologique particulière : la marchandisation du corps des femmes. Pourtant, il n’est pas question de renverser l’ordre établi en mettant le doigt sur la plaie en vue d’une critique ou d’une dénonciation. La fonction sociale et la légitimité de la prostitution ne sont jamais remises en cause. Toutefois, dans une vision parcellaire de l’univers des maisons closes, clients et prostituées sont raillés, et au-delà, c’est bel et bien la rigidité de la répression sexuelle qui est égratignée. Rigidité complètement décalée par rapport au contexte de liberté sexuelle de l’Espagne postfranquiste qui accueille très favorablement l’œuvre de Vizcaíno Casas.

En dépit de la prépondérance du domaine du privé représenté par la sexualité, il s’est pourtant agi pour l’auteur de parler de politique. Car ce sont véritablement les choix politiques et moraux qui conditionnent fortement les comportements sexuels des Espagnols durant le premier franquisme. Nous conclurons en soulignant à quel point l’écriture du corps, et en l’occurrence du corps des prostituées, constitue un témoignage politique significatif, car le contrôle du corps des femmes fut un enjeu de taille pour Franco comme c’est encore actuellement le cas dans bien des sociétés [25].

 Bibliographie

● Bakhtine Mikhaïl, Le principe dialogique suivi des Ecrits du Cercle de Bakhtine, Paris, Editions Seuil, 1981.

● Fromilhague Catherine, Les figures de styles, Paris, Armand Colin, 2005, 127 p.

● Guereña Jean-Louis, « La prostitución en la España contemporánea », in Historias, nº2, juillet 1999, pp. 12-23.

● Guereña Jean-Louis, « La réglementation de la prostitution en Espagne aux XIX-XXème siècles. Répression et réglementation », La prostitution en Espagne : de l’époque des Rois catholiques à la IIe République, sous la direction de Carrasco Rafael, Paris, Les Belles lettres, 1994, 385 p.

● Guereña Jean-Louis, « Marginación, prostitución y delincuencia sexual : la represión de la moralidad en la España franquista (1939-1956), sous la direction de Mir Agusti Golonch, Pobreza, marginación, delincuencia y políticas sociales bajo el primer franquismo, Lleida, Edicions de la Universitat de Lleida, 2005, p. 175.

● Hamon Philippe, Texte et idéologie, Paris, PUF, 1984, 227 p.

● Phaëton Jacqueline, « Literatura y prostitución durante el primer franquismo en Cela y Martín-Santos », Arenal, Vol. 14. N°1 enero-junio 2007.

● Phaëton Jacqueline, Prostitution et société en Espagne, 1939-1956, Thèse de doctorat, Tours, Université de Tours, 2003, 457 p.

● Regueillet Anne-Gaëlle, La sexualité en Espagne durant le premier franquisme (1939-1959), Thèse de doctorat, Tours, Université de Tours, 2005, 725 p.

● Tuñon de Lara Manuel, La España del siglo XX, Madrid, Ediciones Akal, 2000, 3 vol., 852 p.

● Vizcaíno Casas Fernando, La España de la posguerra, 1939-1953. Barcelona, Ed. Planeta, 1975, p. 139.

● Vizcaíno Casas Fernando, ¡Niñas…al salón ! Barcelona, Ed. Planeta, (1ª edición 1976), 11ª edición, 1978, 234 p.

Notes

[1] F. Vizcaíno Casas, ¡Niñas…al salón ! Barcelona, Ed. Planeta, (1a edición 1976), 11é edición, 1978, 234 p.

[2] Pour une connaissance du contexte politico-social de l’Espagne franquiste, nous renvoyons à l’ouvrage de M. Tuñon de Lara, La España del siglo XX, Madrid, Ediciones Akal, 2000, 3 vol., 852 p.

[3] F. Vizcaíno Casas, ¡Niñas…al salón ! Barcelona, Ed. Planeta, 11ª edición, 1978, p. 139.

[4] Les études du Pr. Jean-Louis Guereña, citées en bibliographie, permettent d’aborder le thème de la prostitution durant le premier franquisme grâce à diverses entrées : l’aspect législatif, l’aspect moral et les conséquences sociales.

[5] Plusieurs indications de dates sont données : p. 55 « el Rigat en los años 40 », p. 67 :« los más chic de la ciudad en 1948 ».

[6] F. Vizcaíno Casas, op. cit. p. 73. « Des hommes poilus, avec des tatouages plein les bras, une barbe de deux jours et des têtes de souteneurs. Bien sûr, c’en étaient. Les femmes qui servaient au comptoir s’adressaient à eux en les insultant comme d’habitude  ». [Toutes les traductions sont effectuées par nos soins].

[7] M. Bakhtine, Le principe dialogique suivi des Ecrits du Cercle de Bakhtine, Paris, Ed. Seuil, 1981.

[8] Le sexe oral et la sodomie sont évoqués sous l’expression générique « manías raras ». Ces pratiques sexuelles condamnées par l’Eglise car considérées comme ’contre nature’, trouvent peu d’échos dans l’espace textuel.

[9] F. Vizcaíno Casas, op. cit. pp. 33-34. « Juanín était un écolier exemplaire. Juanín était un chrétien irréprochable. Juanín pourrait représenter l’archétype des jeunes, le standard de la pureté. Mais un malheureux après midi, ah, Juanín s’est rendu en ville. Il devait rendre visite à des parents qui vivaient à côté de cet infâme quartier, ce quartier de pécheurs que l’on nomme quartier chinois. […] Juanín s’est perdu.

Et Juanín, le bon garçon, le garçon pur, se retrouva soudain dans l’une de ces rues sordides. Et il fut entouré par la tentation. Et les femmes qui vendent leurs corps l’appelèrent […] Juanín céda. […] Mais là un orage éclate […] et un pot à fleurs tombe sur la tête de Juanín, qui court dans la rue, et Juanín meurt sur le coup. Ah, il meurt dans le péché mortel  ».

[10] C. Fromilhague, Les figures de styles, Paris, Armand Colin, 2005, p. 28.

[11] A-G. Regueillet, La sexualité en Espagne durant le premier franquisme (1939-1959), Thèse de doctorat, Tours, Université de Tours, 2005, 725 p.

[12] F. Vizcaíno Casas, op. cit. p. 32.

[13] Id., op. cit. p. 75.

[14] Id., op. cit. p. 82.

[15]  Id., op. cit. p. 68. « Ils étaient devenus de vrais hommes – pensaient-ils de façon unanime – et ils devaient se familiariser avec ces choses normales pour les adultes telles que le tabac, la liqueur, les réunions entre amis. Et les femmes communément appelées putes ».

[16]  Id., op. cit. p. 140. « Là, se rencontraient les pères et les fils, les chastes administrateurs et les opulents administrés, les professeurs et les élèves, les beaux-frères et même un prêtre tenu pour vertueux et ses fidèles déçus  ».

[17]  Id., op. cit. p. 172. « Chaque client sortait convaincu qu’il en était ainsi et bien qu’après dans la petite salle, plus d’un habitué commentait avec fierté sa position privilégiée avec la Sonia, les autres souriaient, certains que cela était vrai uniquement avec eux, avec chacun d’entre eux  ».

[18] Id., op. cit. p. 84.

[19] Id., op. cit. p. 139.

[20]  Id., op. cit. p. 43. « […] elle n’avait jamais caché son dégoût pour cette profession ».

[21] Id., op. cit. p. 141.

[22]  Id., op. cit. p. 73. « Une grosse pute incroyablement laide s’approcha d’eux, elle avait des seins énormes et flasques et lorsqu’elle leur sourit, elle leur montra une bouche édentée ».

[23] J. Phaëton, Prostitution et société en Espagne, 1939-1956, Thèse de doctorat, Tours, Université de Tours, 2003, 161.

[24] P. Hamon, Texte et idéologie, Paris, PUF, 1984, p. 15.

[25] Le corps est au centre de la sphère publique. Même s’il fait partie de l’intime, dès lors que son ‘‘usage’’ ou que sa représentation sort de ce cadre privé, dès lors que le corps devient ‘‘dérangeant’’ et donc non conforme, comme cela peut être le cas dans le cadre de la prostitution, les politiques légifèrent et c’est dans ce sens qu’il tombe dans le domaine public. Actuellement la médiatisation à outrance du corps, la radicalisation des positions (pornographie, pédophilie, minceur, beauté, jeunesse…) font du corps, et en particulier du corps féminin, un enjeu considérable pour les politiques qui ne peuvent pas ne pas en tenir compte dans leurs actions de gestion des déviances du domaine public.

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Pour citer l'article


Phaëton Jacqueline, « ¡ Niñas… al salón ! Prostitution féminine et déviance », dans revue ¿ Interrogations ?, N°8. Formes, figures et représentations des faits de déviance féminins, juin 2009 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Ninas-al-salon-Prostitution (Consulté le 5 décembre 2016).



ISSN électronique : 1778-3747

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