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Vandevelde-Rougale Agnès

L’accès du sujet à la fonction symbolique : l’apport de la violence de l’interprétation théorisée par Piera Aulagnier

 




L’étude du développement des capacités langagières de l’enfant, menée notamment en psychanalyse et avec l’étude de la narrativité en psychologie, souligne l’intrication entre subjectivité et langage. Sandor Ferenczi relève ainsi que c’est dans les premiers temps de sa vie que l’individu va acquérir, par le langage, l’accès au « symbolisme verbal [qui] rend possible la pensée consciente [la seule qui permette l’adaptation à la réalité] dans la mesure où, s’associant aux processus de pensée en eux-mêmes inconscients, il leur confère des qualités perceptibles » (Ferenczi, 2006 : 60).

L’intérêt de Piera Aulagnier pour le discours psychotique permet d’éclairer l’accès au symbolisme verbal. À partir du questionnement des débuts de la vie psychique, elle réinterroge le modèle freudien des processus représentatifs [1] et propose des construction nouvelles pour penser le sujet et le collectif. Si elle s’appuie aussi sur la théorisation de Lacan, elle s’en démarque en plaçant le corps et l’affect au centre de la réflexion psychanalytique (Miller, 2001). Dans son ouvrage La violence de l’interprétation (2007 [1975]), la psychanalyste s’attache à penser la relation entre le sujet et le discours avant de considérer plus spécifiquement la relation qu’entretient le sujet psychotique avec celui-ci. Elle y souligne le rôle essentiel du langage, mais aussi de l’émotion entre la mère et l’infans, dans la structuration de la psyché individuelle et l’accès à la fonction symbolique qui permet la mise-en-sens grâce à « une mise en forme du réel qui permette de passer de l’individuel à des valeurs universelles » (Aulagnier, 2007 : 204-205).

En présentant la théorisation proposée par Piera Aulagnier, en particulier dans le quatrième chapitre de La violence de l’interprétation intitulé « L’espace où le Je peut advenir », et en mobilisant des apports de la psychologie sociale sur le développement de la capacité narrative, cet article propose d’éclairer le processus d’accès du sujet à la fonction symbolique et de montrer que ce processus repose sur une intrication entre champ social, champ discursif et champ affectif.

  L’imposition-acquisition d’un mode de représentation

Piera Aulagnier appréhende l’activité psychique comme constituée de trois modes de fonctionnement qui apparaissent successivement au cours du développement de l’infans (terme psychanalytique qui désigne l’enfant qui n’a pas encore acquis le langage) puis coexistent dans la psyché du sujet, chacun produisant un type de représentation spécifique : le processus originaire et la production pictographique (liés au principe de plaisir et seuls présents au début de la vie), le processus primaire et la représentation scénique ou fantasme (qui apparaissent avec la reconnaissance d’un hors-soi), le processus secondaire et la représentation idéique (activité de penser, énoncé, permettant une réélaboration du rapport sujet-objet intégrant le principe de réalité). Cette « mise-en-sens » s’appuie sur le langage ; elle est à la fois source et œuvre du « Je ».

L’émergence de l’instance énonciatrice (Je) [2] s’appuie sur les repères identificatoires proposés par un discours déjà-là, dont un « porte-parole » (généralement la mère dans le système culturel occidental) est médiateur. Ce discours du porte-parole étaye l’infans par anticipation (anticipation de ses besoins, de sa place, de ses possibilités de compréhension…) et exerce une action de refoulement qui limite et soutient « l’espace où le Je peut advenir ». Il se déploie au sein d’un ordre culturel donné, auquel le porte-parole se soumet en tant que sujet, ce qui contribue à son action structurante pour la psyché infantile. Le « langage fondamental » par lequel s’exerce l’essentiel de l’acte identifiant repose sur deux sous-ensembles du discours qui rendent dicible ce qui était indicible : « les termes nommant l’affect qui, par cet acte d’énonciation, se transforme en sentiment » et « les termes désignant les éléments du système de parenté pour une culture donnée » car « l’énonciation d’un seul terme comporte implicitement l’ordre total du système et désigne la position relationnelle reliant le terme nommé à l’ensemble des autres éléments » (Aulagnier, 2007 : 159).

L’accès au langage, qui se fait dans la rencontre de l’infans avec la voix du porte-parole, repose donc sur trois conditions préalables : « le système de parenté, la structure linguistique, les effets qu’exercent sur le discours les affects à l’œuvre sur l’autre scène » (ibid. : 37), la scène fantasmatique. Ce trinôme est la cause d’une première violence sur la psyché : le discours du porte-parole s’impose à l’infans comme « détenteur exclusif du vrai » (ibid. : 18), lui indiquant les « limites du possible et du licite ». Ce phénomène de « violence primaire » ou « originaire » résulte de l’imposition à l’espace psychique de l’infans, non-encore soumis aux lois du secondaire, d’un mode de représentation issu de l’espace psychique du porte-parole, où l’action du refoulement a déjà eu lieu. La « violence primaire » est, d’après Piera Aulagnier, nécessaire tant pour la structuration psychique du sujet (ibid. : 38) que pour son inscription dans la structure sociale (ibid.  : 133). Elle la définit comme « l’action psychique par laquelle on impose à la psyché d’un autre un choix, une pensée ou une action qui sont motivés par le désir de celui qui l’impose mais qui s’étayent sur un objet qui répond pour l’autre à la catégorie du nécessaire » (ibid. : 40), catégorie recouvrant « l’ensemble des conditions […] indispensables pour que la vie psychique et physique puisse atteindre et préserver un seuil d’autonomie au-dessous duquel elle ne peut persister qu’au prix d’un état de dépendance absolue » (ibid. : 39).

La violence primaire établit donc une intrication entre le nécessaire, le désir et la demande qui lui permet de se faire méconnaître en tant que violence. Elle se distingue d’une violence secondaire qui s’exerce sur ses traces, non pour étayer l’advènement du sujet, mais à l’encontre du sujet. Cette violence secondaire, qui peut être rapprochée du pouvoir symbolique théorisé par Pierre Bourdieu (1982), est exercée en tant que manifestation de pouvoir par un autre sujet ou encore par « un discours social qui n’a d’autre but que de s’opposer à tout changement dans les modèles par lui institués » et peut être méconnue en tant que violence si « elle réussit à s’approprier abusivement les qualificatifs de nécessaire et de naturel, ceux-là mêmes qu’après coup le sujet reconnaît comme propres à la violence primaire dont est issu son Je » (Aulagnier, 2007 : 39).

  L’enjeu identificatoire de la nomination de l’affect

L’accès à la fonction symbolique par l’acquisition du langage offre au sujet l’accès au processus secondaire, à la possibilité d’une intelligibilité du monde et d’une communication avec autrui qui ne reposent plus sur la seule voix du porte-parole. L’appropriation du symbole permet au sujet de reconnaître « la pérennité d’une loi de transmission qui transcende tout occupant temporaire et particulier » (ibid. : 206). À l’arbitraire individuel se substitue l’arbitraire linguistique qui lie signifiés et signifiants et permet au sujet d’exister en tant qu’être autonome inscrit dans un système de relations [3].

Piera Aulagnier relève le « rôle particulier que vont tenir dans l’économie identificatoire les termes du langage affectif » (ibid. : 165) et les termes propres au système de parenté où « à la mobilité des occupants s’opposent la fixité et l’identité du concept de la fonction que le symbole définit » (ibid. : 205). En effet, leur usage définit simultanément l’objet nommé et la relation entre celui-ci et « celui qui s’approprie et énonce cette nomination » (ibid. : 169) en le plaçant dans un système socioculturel donné. En matière d’affect, « un même signe [mot] renvoie à des référants [vécus individuels] dont rien ne garantit l’équivalence » (ibid. : 160). Alors, la nomination de l’affect « impose un statut à l’éprouvé », transformant le rapport du sujet à celui-ci en lui imposant « une signification préétablie et sur laquelle le sujet n’a pas de pouvoir » (ibid. : 165). Cette signification préétablie, à laquelle le sujet accède par le biais d’un signifiant partagé par les locuteurs d’une même langue, inscrit l’éprouvé dans un système de référence en rapport à d’autres signifiants. Piera Aulagnier souligne la double conséquence de la soumission du référant (élément signifié) au signifiant du signe linguistique : « d’une part, elle préserve l’illusion de l’existence d’une identité entre les référants, de l’autre, elle introduit inévitablement le risque d’une cassure, d’un conflit, entre l’énonçant et la signification du signe linguistique. […] À ce prix, l’inconnaissable prend sens, et devient du dicible » (ibid. : 166).

Nommer l’éprouvé est, pour le sujet, prendre un risque identificatoire. Piera Aulagnier observe que « pour tout sujet, dans le registre des affects, l’expression et la signification restent ce sol mouvant sur lequel il avance en guettant anxieusement l’acte qui se ferait signe et preuve de la vérité de l’énoncé. Dans ce secteur, l’ombre du doute plane à jamais sur le signe linguistique. » (ibid. : 161). Parler l’éprouvé confronte le sujet à l’angoisse de l’incertitude. Support de la subjectivation, cette angoisse est « le tribut que tout sujet paye à cette instance qui s’appelle le Je et faute de laquelle il ne pourrait être sujet de son discours » (ibid. : 199), angoisse qui resurgit lorsque vacillent les repères identificatoires.

L’intelligibilité même de l’affect tient à sa possibilité de nomination par le sujet et celle-ci inscrit l’affect dans un système culturel de signification. Nommer l’affect, le transformer en sentiment, c’est, pour le sujet, l’interpréter à partir d’éléments de similarité suffisante trouvés dans le discours des autres et qu’il retient comme « points de certitude », permettant au doute de trouver des limites et à l’expérience affective d’être dite. « [L]e le signe linguistique va identifier l’affect à ce que le discours culturel définit comme tel […]. Ce qui conduit le sujet à accepter, comme preuves de la vérité de l’énoncé, celles que le discours culturel instaure » (ibid. : 167). L’énonciation du sentiment exprimé convoque des images qui fondent alors le processus identificatoire, celui-ci reposant sur « l’action identifiante du discours », « action autonome exercée par l’institution linguistique et à laquelle nul sujet n’échappe » (ibid. : 164) [4] : « Le Je n’est pas autre chose que le savoir que le Je peut avoir sur le Je » (ibid. : 169). À l’inverse, « renoncer à dire l’éprouvé, signifie renoncer à éprouver l’expérimenté comme une aventure qui concerne le Je » et subir alors celui-ci « comme un accident […] un corps étranger, incompréhensible parce que indicible » (ibid. : 164). Limiter les possibilités de dire l’éprouvé [5] peut contribuer à la difficulté de signifier, de donner du sens et d’intégrer ainsi l’expérimenté dans le processus de subjectivation.

  Investissement réciproque du sujet et du discours de l’ensemble

Avec le discours parental [6], l’infans accède au discours des autres. Ce discours social projette sur le petit enfant une anticipation de son rôle comme sujet du groupe qui lui permet de trouver des repères identificatoires hors du champ familial, contribuant ainsi à son autonomisation psychique. Parallèlement, l’investissement de ces repères identificatoires par le sujet participe de la pérennité du groupe. Piera Aulagnier observe en effet qu’un ensemble social se préserve « tant que la majorité des sujets investissent un même ensemble idéal, soit un ensemble dans lequel le sujet peut se projeter à la place d’un sujet idéal ». Ce « sujet idéal  » se distingue du moi idéal (idéal de toute-puissance narcissique) et de l’idéal du moi (modèle auquel le sujet cherche à se conformer pour répondre à l’autorité) [7] de la métapsychologie freudienne. Il se réfère à « l’idée […] de lui-même que le sujet demande au groupe […] qui le désigne comme un élément appartenant à un tout qui le reconnaît comme une partie à lui homogène » (ibid. : 188).

L’investissement réciproque du groupe par le sujet et du sujet par le groupe repose sur la réception et l’appropriation par le sujet des énoncés fondant le groupe (énoncés définissant « la réalité du monde, la raison d’être du groupe, l’origine de ses modèles ») en tant que « paroles de certitude », qui contribuent comme telles à fonder sa position dans l’ensemble. À cette condition, les « énoncés du fondement » du groupe prennent la fonction de « fondement des énoncés », nécessaire au maniement du langage par le sujet et au fonctionnement du champ social. Piera Aulagnier insiste sur le caractère essentiel de la réception des énoncés du fondement comme paroles de certitude pour qu’ils puissent exercer leur fonction de fondement, préservant « une concordance entre champ social et champ linguistique permettant une interaction indispensable au fonctionnement des deux ». Elle ajoute que « si cet attribut vient à leur faire défaut ils seront abandonnés et remplacés par une nouvelle série ; de toute manière la fonction ne restera jamais sans titulaire » (ibid. : 184-185).

Le discours social a une dimension idéologique et sous-tend l’établissement d’un contrat narcissique liant l’individu [8] au groupe social et contribuant à l’existence de ce dernier, en appui sur la quête illusoire d’une commune pérennité : « L’existence de l’ensemble présuppose que la majorité de ses éléments voient dans les exigences de son fonctionnement ce qui, si elles étaient intégralement respectées, permettrait d’atteindre l’ensemble idéal. La croyance en cet idéal s’accompagnera de l’espoir dans la permanence et dans la pérennité de l’ensemble. Dès lors le sujet pourra, sans jamais y réussir complètement, établir une identité entre possibilité de pérennité de l’ensemble et désir de pérennité de l’individu » (ibid. : 188-189). Le concept de contrat narcissique, pensé entre société et individu, éclaire également le fonctionnement de l’articulation entre le sujet et différents groupes d’appartenance au sein de celle-ci, dont les organisations de travail. Il a ainsi été repris dans différents travaux s’intéressant à l’articulation entre sujet et organisation de travail, notamment en psychosociologie et sociologie clinique [9].

Piera Aulagnier souligne le rôle du « forçage » et de la violence exercée par toute société « afin de rendre illusoirement conforme à ce qui répond à des exigences de la structure psychique, ce qui, de fait, est au service de sa visée conservatrice » (ibid. : 181), entendue comme la conservation de ses modèles et de ceux qu’ils privilégient. Le discours joue un rôle privilégié dans l’occultation de cette violence sociale, grâce à l’abus de pouvoir dont il peut être le siège, « abus qui, en se prétendant au service d’un savoir supérieur, réussit à déposséder ceux contre qui il sévit, de toute possibilité de reconnaître la violence subie et à transformer en un sentiment de culpabilité leur droit de défense le plus légitime » (ibid. : 351), grâce aussi au fait que la connaissance de la réalité par le sujet est médiée par le discours qui la parle. Pierre Bourdieu (1984 [1977] : 111-112) a ainsi avancé que « [l]e système scolaire enseigne non seulement un langage, mais un rapport au langage qui est solidaire d’un rapport aux choses, un rapport aux êtres, un rapport au monde complètement déréalisé  ». À cet égard, il paraît intéressant d’interroger la nomination des affects dans ou en lien avec l’institution scolaire ou d’autres espaces de socialisation [10].

  Développement de la capacité narrative

L’accès du sujet à la fonction symbolique se fait d’abord par la médiation d’un porte-parole, qui propose à l’infans un discours anticipateur appuyé sur son contexte socioculturel d’appartenance. En s’appropriant progressivement le « langage fondamental », constitué des termes nommant l’affect (le transformant ainsi en sentiment) et des termes du système de parenté (dont chaque élément porte en lui sa position relationnelle aux autres éléments), le sujet incorpore des repères qui lui garantissent « l’existence d’une série d’énoncés non arbitraires et indépendants de toute psyché singulière » (Aulagnier, 2007 : 212) et posent des « limites définissant l’espace à l’intérieur duquel le Je trouvera ses énoncés identificatoires […] dans une culture donnée » (ibid. : 158). Ce processus, par lequel il s’inscrit dans le « discours de l’ensemble », permet au sujet d’accéder à une certaine autonomie : il n’est plus, comme l’était l’infans, soumis à l’arbitraire du discours du porte-parole.

Mais l’autonomie du sujet énonçant reste limitée par ce sur quoi elle s’appuie : logique propre au système linguistique (configuration relationnelle qui établit un lien entre signifié et signifiant et entre signifiants) et aussi « matrice sociale des expériences émotionnelles » (Rimé, 2009 : 359-386). Dans son travail sur le « partage social des émotions  », qu’il définit comme « la réévocation de l’émotion sous la forme d’un langage socialement partagé, et la présence, au moins à un niveau symbolique, d’un partenaire auquel cette réévocation est adressée » (ibid. : 86), le psychologue social Bernard Rimé apporte des éléments qui soulignent la poursuite de l’articulation entre affects (ou émotions) [11] et processus de symbolisation après les débuts de la vie psychique théorisés par Piera Aulagnier. Il relève l’imbrication croissante des expériences émotionnelles et des significations sociales avec le développement de l’enfant et celui des échanges sur les événements émotionnels (ibid. : 370). Il se réfère en particulier à des travaux sur la manière dont les enfants, ayant accédé au langage, acquièrent la capacité narrative. Il souligne le rôle d’étayage des adultes qui accompagnent, par « échafaudage  » et « spirale collaborative » (Haden, Haine, Fivush, 1997), cet apprentissage aux multiples facettes : développement de compétences linguistiques et narratives ; structuration de l’expérience par la mise en récit ; représentation de l’expérience (« négociation de la réalité ») ; partage de l’émotion liée à l’événement avec l’auditeur permettant l’intersubjectivité et soutenant l’intégration sociale ; découverte de la valeur sociale de ce partage (en tant que fondement de la culture). Il souligne que : « l’impact le plus important de l’asservissement de son expérience aux formes canoniques du récit se situe dans la manière dont l’enfant traversera ses expériences ultérieures ». En effet, « en transmettant à chaque individu un canevas conventionnel unique pour la mise en forme de son expérience, la société aboutit à assujettir l’expérience individuelle à des standards communs. Le développement de la capacité narrative est donc en même temps le développement d’une mise en forme sociale de l’expérience individuelle » (Rimé, 2009 : 373). La mise en forme par le récit est « l’instrument » qui permet à l’expérience individuelle d’accéder à l’univers commun et permet des processus interpersonnels (tels que la communication, la compréhension ou l’empathie), mais qui empêche le développement par chaque individu de « ses manières propres d’éprouver » (ibid.).

 Un processus socio-affectif et langagier

Les apports psychanalytiques de Piera Aulagnier sur le rapport de co-existence réciproque entre le sujet et le groupe social et ceux de Bernard Rimé, en psychologie sociale, sur la structuration sociale de la capacité narrative du sujet soulignent le caractère pluriel du processus d’accès du sujet à la capacité de mise en sens, processus socio-affectif et langagier. Si l’accès du sujet à la fonction symbolique apparaît indissociable de l’apprentissage d’une langue par lequel « certaines suites de sons sont mises en rapport associatif étroit avec des choses et des processus déterminés, et même sont progressivement identifiés à eux » (Ferenczi, 2006 : 59-60), il apparaît également indissociable de l’expérience affective, phénomène intime, qui s’incarne dans le corps même de l’individu, mais aussi social, de par ses fonctions d’orientation de la conduite et de communication.

 Bibliographie

Aubert Nicole, Gaulejac Vincent (de) (1991), Le coût de l’excellence, Paris, Seuil.

Aulagnier Piera (2007), La violence de l’interprétation. Du pictogramme à l’énoncé [1975], Paris, Presses Universitaires de France.

Bourdieu Pierre (1984 [1977]), « Ce que parler veut dire », Intervention au Congrès de l’AFEF tenu à Limoges le 30 octobre 1977, reprise dans Questions de sociologie, Paris, Les éditions de Minuit, pp. 95-112.

Bourdieu Pierre (1982), Ce que parler veut dire, Paris, Fayard.

Desmarais Céline, Dubouloy Maryse (2010), « Une double grille d’analyse pour évaluer les situations de cadres en difficulté : du contrat psychologique au contrat narcissique », Nouvelle revue de psychosociologie, 10, pp. 223-242.

Ferenczi Sandor (2006), L’enfant dans l’adulte [1908, 1927, 1931], Paris, Petite Bibliothèque Payot.

Gaulejac Vincent (de) (2011), Travail, les raisons de la colère, Paris, Seuil.

Haden Catherine A., Haine Rachel A., Fivush Robyn (1997), « Developing narrative structure in parent-child reminiscing across the preschool years », Developmental Psychology, 33/2, pp. 295-307.

Laplanche Jean, Pontalis Jean-Bertrand (2009), Vocabulaire de la psychanalyse [1967], Paris, Presses Universitaires de France.

Mijolla-Mellor (de) Sophie (1998), Penser la psychose, Paris, Dunod.

Miller Patrick (2001), « Métabolisations psychiques du corps dans la théorie de Piera Aulagnier. », Topique, 74), pp. 29-42.

Rimé Bernard (2009), Le partage social des émotions [2005], Paris, Presses Universitaires de France.

Troisier Hélène (1998), Piera Aulagnier, Paris, Presses Universitaires de France.

Vandevelde-Rougale Agnès (2014), Malaise dans la symbolisation. La subjectivité à l’épreuve de la novlangue managériale, thèse de doctorat en anthropologie et sociologie sous la direction de Vincent de Gaulejac, soutenue le 23 juin 2014 à l’Université Paris Diderot.

Vandevelde-Rougale Agnès (à paraître, fin 2016), « Discours managérial, lissage de la parole et vacillement du rapport au langage » dans Marc Glady et Agnès Vandevelde-Rougale (dir.), « Parler face aux institutions. La subjectivité empêchée », Langage et Société, N°158.

Notes

[1] Pour une confrontation de la pensée de Piera Aulagnier avec celle de différents psychanalystes (Freud, Lacan, mais aussi Klein, Bion, Winnicott), on peut consulter (Mijolla-Mellor, 1998) et (Troisier, 1998).

[2] Le « Je » se rapproche et se distingue du « moi » freudien, qui désigne l’instance médiatrice entre le « ça » et le « surmoi » et les exigences de la réalité dans la seconde théorie de l’appareil psychique, et du « sujet divisé » de Lacan.

[3] On semble retrouver la primauté du signifiant de Lacan, mais la conception de Piera Aulagnier s’en distingue, car le discours du porte-parole propose à la psyché de l’enfant un objet psychique déjà métabolisé par l’activité psychique du porte-parole et intégrant le principe de réalité.

[4] Piera Aulagnier prend comme exemple le sentiment d’amour, indiquant : « La vérité de l’aimer devra donc être prouvée par l’identité du sujet à l’image de l’aimant que la culture véhicule : un lien va s’établir entre le concept (aimer) et les formes culturelles prouvant la vérité de l’affect qui prend le nom de sentiment ». (Aulagnier, 2007 : 167).

[5] Je développe ainsi la limitation posée à l’expression de l’éprouvé par le discours managérial (Vandevelde-Rougale, à paraître).

[6] Piera Aulagnier souligne que «  dans notre culture, on constate que, si la mère, selon l’expression de Lacan, est le premier représentant de l’Autre sur la scène du réel, le père est, sur cette même scène, le premier représentant des autres, ou du discours des autres (du discours de l’ensemble). » (Aulagnier, 2007 : 172-173).

[7] D’après « idéal du moi » et « moi idéal » (Laplanche, Pontalis, 2009 : 184-186 ; 255-256).

[8] Piera Aulagnier rappelle la singularité de chaque situation individuelle : « La définition donnée au contrat narcissique implique son universalité : mais s’il est vrai que tout sujet est bien cosignataire, la part de la libido narcissique qu’il y investit varie de sujet à sujet » (Aulagnier, 2007 : 190).

[9] Voir en particulier (Aubert, Gaulejac, 1991 ; Desmarais, Dubouloy, 2010 ; Gaulejac, 2011).

[10] Je me suis par exemple intéressée dans le cadre de ma thèse de doctorat en anthropologie et sociologie à la mise en mots d’expériences de souffrance au travail perçue comme résultant de pratiques de harcèlement moral dans des organisations (Vandevelde-Rougale, 2014).

[11] Ressenti, éprouvé, émotion, affect… plusieurs termes désignent ce ’quelque chose’ qui lie psychique et corporel, traduisant différents angles d’approche. L’émotion est considérée depuis Darwin comme faisant partie de l’équipement adaptatif de l’être humain à son environnement et ce vocable a la faveur des biologistes, physiologistes et psychologues cognitivistes pour relier état mental et expression corporelle. Les psychanalystes lui préfèrent le terme d’affect, vocable « connotant tout état affectif, pénible ou agréable, vague ou qualifié », et considéré comme « l’expression qualitative de la quantité d’énergie pulsionnelle et de ses variations » (d’après les définition de « affect » et « pulsion » proposées par Laplanche et Pontalis dans le Vocabulaire de la psychanalyse, 2009). Je retiens ici « affect » et « émotion » comme synonymes.

Pour citer l'article


Vandevelde-Rougale Agnès, « L’accès du sujet à la fonction symbolique : l’apport de la violence de l’interprétation théorisée par Piera Aulagnier », dans revue ¿ Interrogations ?, N°21. L’actualité de l’extrême droite, décembre 2015 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/L-acces-du-sujet-a-la-fonction (Consulté le 8 décembre 2016).



ISSN électronique : 1778-3747

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