Comité de rédaction

Préface

 




L’engagement

Numéro coordonné par Sébastien Haissat

Pour sa neuvième livraison, la revue ¿Interrogations ? s’est proposé d’aborder le thème de l’engagement. L’appel à contribution suggérait plusieurs entrées possibles, sans les rendre pour autant obligatoires : un retour critique sur l’engagement partisan, notamment à la lumière des formes les plus contemporaines de militantisme, destiné à en réévaluer les parts respectives d’aliénation et d’émancipation ; une interrogation de la figure de l’intellectuel engagé, y compris dans les enjeux épistémologiques de son engagement ; une exploration des formes et des voies de l’engagement envers des tiers personnels, sur le plan amoureux ou professionnel, pouvant déboucher sur une analyse des mécanismes psychologiques et des dilemmes éthiques de l’engagement. En somme, le thème s’avérait potentiellement extrêmement riche par sa polysémie.

Une première surprise du comité de rédaction aura été de ne recevoir qu’une quinzaine de propositions d’articles, dont finalement cinq seulement auront franchi la double épreuve de la préexpertise par un de ses membres et de la double (voire triple) expertise par des membres du comité de lecture ou d’autres spécialistes. Dans ces conditions, il n’en est que plus étonnant que les contributions finalement retenues recouvrent presque tout le champ des entrées thématiques suggérées par l’appel à contribution, grâce notamment à leur caractère pluridimensionnel. Trois des articles mènent ainsi une réflexion sur la manière dont l’engagement (en) politique s’articule avec la création artistique, en insistant à chaque fois sur la dialectique, faite de complémentarité et de tension, entre les deux. Dans cette optique, Etienne Jouhaud nous montre comment le combat que Stephan Zweig mène dans les années 1930 pour sauver une Europe confrontée de toutes parts à la montée des régimes autoritaires et totalitaires le conduit à réactiver la figure d’Erasme, l’un des fondateurs de cet humanisme européen qui menace précisément d’être englouti – un combat finalement perdu qui le conduira quelques années plus tard, désespéré, à se suicider dans son exil brésilien.

Les deux articles de Sylvain Dreyer et Nathalie Lempereur nous ramènent, pour leur part, vers les années 1950 et le début des années 1960, époque où les scènes politique et intellectuelle restent dominées par le prestige du régime « soviétique » et de ses idéaux « communistes », en dépit des révélations sur la nature criminelle du premier et les déconcertants mensonges des seconds, en dépit aussi du fait que certains mouvements sociaux (au premier rang desquels les mouvements de libération nationale dans ce qui se nomme alors le Tiers-Monde) se sont pour partie déjà émancipés de la tutelle moscovite. Et ils se penchent sur les figures de deux artistes, respectivement Armand Gatti et Arthur Adamov, qui ont été, l’un et l’autre, ce qu’on appelait à l’époque des « compagnons de route » du Parti communiste français. Position difficile à tenir, tant parce qu’elle les vouait d’un côté à une certaine marginalité dans le champ artistique, en en faisant même à l’occasion un objet d’ostracisme, de l’autre à des formes de contrôle idéologique plus ou moins insidieux ; et cependant position féconde dans l’un et l’autre cas puisqu’elle aura permis à leurs tenants d’inventer et d’explorer non seulement de nouveaux thèmes mais encore de nouvelles formes dans la création théâtrale et cinématographique. Cela permet, au passage, de confirmer et conforter la vocation interdisciplinaire de notre revue, ouverte également à la critique d’œuvres artistiques.

Les deux autres articles thématiques traitent de l’engagement d’une manière à la fois différente et plus contemporaine. Certes, avec l’article d’Yves Gilbert, nous ne quittons pas le terrain de l’engagement politique, sauf qu’il s’agit pour lui de montrer que ce dernier est le fait de tous les acteurs concourant à la décision politique, à commencer par celui de l’ensemble des citoyens de base, et non pas réservé aux seuls militants ou intellectuels spécialistes de la res publica. Mais c’est aussi, du même coup, pour lui, l’occasion de revenir sur ces derniers, en l’occurrence sur le sociologue en tant que, par son expertise, il prend lui aussi part, en un sens, à la décision politique. Yves Gilbert nous rappelle ainsi, en reprenant Gilles Herreros, que « il n’y a de sociologies et de sociologues qu’engagés », engagement dont il nous détaille les formes et les conditions. Dès lors, la correspondance avec l’article de Sonia Gérard, qui traite pour sa part de l’engagement du psychologue auprès de son patient, est immédiate. Et les mêmes questions se retrouvent ici : celles des formes et des conditions de possibilité d’un tel engagement, si du moins on le veut fécond, c’est-à-dire en l’occurrence au service du patient. Cependant la position du psychologue est plus délicate, et plus difficile en définitive, que celle du sociologue, puisque c’est aussi plus directement sa subjectivité qui se trouve engagée dans le face-à-face thérapeutique avec le patient. D’où l’importance du dispositif clinique et des conditions institutionnelles de l’exercice thérapeutique.

Comme les précédents, ce numéro de la revue ¿Interrogations ? comprend d’autres rubriques. Notre rubrique des « Des travaux et des jours » présente un article de Danielle Paquette qui s’interroge sur les conditions auxquelles doivent répondre les interactions entre enseignants et étudiants dans les situations de téléenseignement et les moyens à mettre en œuvre pour améliorer leur qualité. Alors que ces formes d’enseignement n’en sont encore qu’à leurs débuts en France, cet article permet de bénéficier de l’expérience de nos cousins québécois qui ont quelques longueurs d’avance sur nous en la matière.

Quant à la rubrique « Fiches techniques », on y trouvera pour commencer un article d’Alain Bihrcondensant quelques-uns des éléments de l’analyse marxienne du concept de capital, destiné à dissiper les approximations, erreurs et illusions encore fréquentes à ce sujet. Et Pascal Fugier poursuit sa trilogie consacrée à la mise en œuvre d’un protocole de recherche exploratoire en sociologie, entamée dans le numéro précédent. Il s’attache ici aux incontournables étapes et opérations conduisant de la question de départ à la construction de la problématique, à propos desquelles il souligne avec force le caractère véritablement crucial des lectures exploratoires.

Ce numéro se conclut par la recension des quatre ouvrages suivants : Benoît Boussemart, La richesse des Mulliez. L’exploitation du travail dans un groupe familial par Alain Bihr ; Louis Pinto, Le collectif et l’individuel. Considérations durkheimiennes par Pascal Fugier ; Dominique Huez, Souffrir au travail Comprendre pour agir par Ghizlaine Lahmadi ; Niklas Luhmann, La confiance, un mécanisme de réduction de la complexité sociale, par Olivier Ouzilou.

Nous tenons enfin à remercier vivement tous les chercheurs et enseignants chercheurs qui, par leur aide et leur implication, ont permis l’élaboration de ce numéro :

  • les membres du comité de lecture : Maurice BLANC, Pierre COURS-SALIES, Francis FARRUGIA, Jean-Yves FEBEREY, Florent GAUDEZ, Oscar MAZZOLENI, Jean-Pierre MINARY, Bruno PEQUIGNOT ;
  • les chercheurs et enseignants chercheurs extérieurs à notre comité de lecture et qui ont bien voulu accepter d’expertiser un article en leur qualité de spécialiste : Rémi BARBIER, Nancy BERTHIER, Laurence DAHAN-GAÏDA, Christine DOUXAMI, Bernard EME, Lilian MATHIEU, Frédérique MATONTI, Martine REVEL, Florence RUDOLF, Hervé SERRY, Olivier THEVENIN.

Pour citer l'article :

Comité de rédaction, « Préface », dans revue ¿ Interrogations ?, N°9. L’engagement, décembre 2009 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Preface,139 (Consulté le 30 septembre 2016).



ISSN électronique : 1778-3747

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