Revue pluridisciplinaire
des sciences de l'homme et de la société
Notre signatur... (51 ko)À l’occasion de la coordination de son huitième numéro (à paraître en juin 2009), le comité de rédaction de ¿Interrogations? a entamé de nombreuses discussions et réflexions sur l’activité, le fonctionnement ou encore la structure de la revue.
La rubrique « Quoi de neuf » a fait l’objet d’une totale refonte. Ainsi, cette rubrique ne prend plus la forme d’une revue des sommaires de différentes revues SHS avec lesquelles nous proposons un lien (cf. Rubrique « Liens » : http://www.revue-interrogations.org/liens.php).
Désormais, la rubrique « Quoi de neuf » aura pour finalité de vous informer de l’actualité de notre revue, sous la forme de bilans d’activités, mais aussi sous la forme de réflexions et débats actuels dans lesquels est engagé le comité de rédaction (son positionnement et son engagement concernant la classification des revues opérée par l’AERES par exemple).
En signant cet appel et le publiant dans la rubrique « Quoi de neuf » de son site, le comité de rédaction de la revue ¿Interrogations? prend publiquement position contre l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur). Or, un tel acte doit s’accompagner de quelques explications.
Cet appel constitue un maillon inscrit dans une chaîne revendicative, engagée dans une lutte de délégitimation de l’AERES, et plus globalement de la logique de mise en concurrence et de « gouvernance » de la recherche scientifique (logique dont l’AERES constitue un des agents de transmission). Cette logique est une entrave à la recherche scientifique, laquelle doit demeurer un espace de débats, alimenté par la controverse, et non par la concurrence.
Par ailleurs, et contrairement à ce que le gouvernement actuel avance, le champ scientifique n’a pas attendu l’AERES pour s’évaluer, comme en témoigne la mise en œuvre systématique d’un protocole d’expertise dans la plupart des revues SHS ou encore l’existence d’une instance collégiale d’évaluation comme le CNU.
Cette lutte de délégitimation a déjà porté quelques fruits. Ainsi, depuis le 22 janvier 2009, l’ERIH, European Reference Index of the Humanities, a retiré son classement par lettres (A, B, C) des revues SHS (le projet ERIH étant un projet de classification européenne des revues SHS initié par l’European Science Foundation). Mais elle doit continuer. Il s’agit notamment d’exclure définitivement :
- tout processus d’externalisation de l’évaluation collégiale de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur.
- tout processus d’évaluation purement quantitatif (opéré notamment par le biais de la notation), notamment ceux fondés sur de simples procédures bibliométriques ;
- tout processus entrepreneurial, assimilant l’université et les laboratoires de recherche au statut de prestataire de services, régi par des instances politiques ou économiques (comme la Commission Européenne ou l’OCDE par exemple). Nous refusons que se substitue à notre système collégial une gouvernance d’entreprise.
L’AERES est la clé de voûte d’un dispositif généralisé d’évaluation, qui consiste notamment à instituer une mise en équivalence généralisée de toutes les instances de production scientifique, moyen et fin à la fois de leur mise en concurrence institutionnelle et marchande. Les débats et controverses autour de l’AERES témoignent des rapports de forces qui caractérisent les interactions entre le champ scientifique et le champ politique français. Le champ politique utilisant des outils expérimentés dans le champ économique (dans le monde de l’entreprise) pour évaluer le champ scientifique, en pleine conformité avec un paradigme néolibéral pour lequel l’entreprise capitaliste est le mode idéal d’organisation.
Une bataille symbolique est en cours, au sein de laquelle le champ politique tente d’imposer un nouveau langage pour identifier les activités et les acteurs du champ scientifique. Ainsi, nous ne sommes plus des auteurs mais certains d’entre nous sont des « publiants », « de rang A » tandis que, à l’opposé, d’autres sont des « non publiants », ces titres étant distribués sur des bases purement bibliométriques dont la validité n’est jamais interrogée en tant que telle.
Bien évidemment, cette lutte ne s’exerce pas uniquement sur un plan symbolique, car elle se prolonge aussi sur un plan organisationnel et structurel. Pensons notamment à la volonté de démanteler les organismes de recherche à travers une politique de « désUMRisation » (soit la fin de la double tutelle universités-CNRS des laboratoires).
Pour autant, la lutte contre l’AERES dans laquelle s’est notamment engagé le comité de rédaction de la revue ¿Interrogations? ne doit pas non plus faire l’économie d’une critique du fonctionnement actuel des revues scientifiques, des laboratoires et des écoles doctorales. Critique qui doit être collective et doit s’opérer de manière collégiale, entre les différents acteurs des champs scientifique et universitaire, sur le mode habituel de la controverse scientifique uniquement réglé par l’échange d’arguments. Critique collégiale qui constitue une condition de possibilité de la scientificité et que l’AERES, notamment à travers sa novlangue, cherche à rendre impossible.